Mardi 3 novembre 2009Joyeux Noël

Christian Carion

Genre : guerre, drame
Durée : 116 min
Sortie : 2005


Distribution

Diane Kruger, Benno Fürmann, Guillaume Canet, Gary Lewis, Daniel Brühl, Dany Boon, Lucas Belvaux, Bernard Le Coq, Michel Serrault, Suzanne Flon


Résumé

Lorsque la guerre surgit au creux de l’été de 1914, elle surprend et emporte dans son tourbillon des millions d’hommes. Et puis arrive Noël, avec sa neige et son cortège de cadeaux des familles et des Etats Majors. Mais la surprise ne viendra pas des colis généreux qui jonchent les tranchées françaises, écossaises et allemandes. Ce soir-là, un événement considérable va bouleverser à jamais le destin de quatre personnages : un pasteur écossais, un lieutenant français, un ténor allemand et une soprano danoise, ’stars’ de l’époque qui, à la faveur de la nuit de Noël 1914, vont se retrouver au coeur d’une fraternisation sans précédent entre les soldats de tranchée allemands, français et britanniques. Ils laisseront le fusil au fond de la tranchée pour aller voir celui d’en face, lui serrer la main, échanger avec lui une cigarette et du chocolat, lui souhaiter ’Joyeux Noël !’...

Commentaire

Le portrait d'exposition de la situation des deux lignes est clair : trois pays sont en présence, deux sont alliés (la France et le Royaume-Uni par le corps expéditionnaire, ici des Écossais), mais l'absence de commandement interallié est montrée directement : les protagonistes n'ont aucun moyen de se connaître, chaque pays se lance à l'assaut indépendamment, la lice n'existe pas et le seul rapport laissé est celui de la mort par tuerie.
Les fraternisations ne sont pas une révolte contre la hiérarchie, ni contre l'absurdité de la guerre. Elles sont plus à rapprocher des fraternisations entre troupe britannique et troupe française lors de la campagne d'Espagne sous Napoléon 1er, un siècle auparavant, que des mutineries de 1917 ; la plupart des soldats ne pensaient s'accorder qu'une trêve, à un moment privilégié (la fête de Noël) avant de reprendre le combat, et ne remettaient pas en cause ni leur devoir, ni le bien-fondé de cette guerre qui commençait. La reconstitution est d'ailleurs très précise : les soldats français portent encore l'uniforme garance (l'uniforme bleu horizon arrive plus tard, avec le casque Adrian).
Le film traite avec intelligence chacune des parties et montre par les images la curieuse trêve qui a pu avoir lieu entre des hommes que tout leur environnement préparait à s'entretuer ; l'humanité en chacun d'eux s'avère la plus forte, ne serait-ce que l'espace de cette fête, connue quel que soit le pays. Symbole de l'avènement d'une guerre d'une ampleur et d'une horreur inégalée, la reprise des autorités embarrassées face au phénomène annonce également que désormais la pratique de la guerre va devenir une guerre totale, crépuscule industriel de l'Europe.
La sortie initiale d'exploitation en France (9 novembre 2005) correspond à la semaine où est commémoré le 11 novembre, l'anniversaire de l'armistice de la Première Guerre mondiale.
L'argument du film provient d'un livre que Christian Carion a lu en 1993 : Batailles de Flandres et d'Artois 1914-1918. Il fut touché par un passage (L'Incroyable Noël de 1914) qui rapportait les fraternisations entre lignes ennemies. Le réalisateur a effectué ensuite un important travail de fond pour se documenter avant de lancer le tournage.
Suite à une série de désaccords, l'armée française a refusé de prêter ses terrains pour relater ce passage tabou de son histoire. Si plusieurs scènes ont été tournées dans le Nord, la plus grande partie du film a été filmée en Roumanie et en Écosse. Depuis ce tournage manqué, l'Armée française s'est dotée d'une structure pour promouvoir le tournage de films sur les terrains militaires français.

Pas réaliste ? Un peu d’histoire

Vivre et laisser vivre (également connue sous l'expression anglaise Live and let live) est une formule apparue durant la Première Guerre mondiale lors de fraternisations entre soldats de lignes ennemies. L'exemple le plus connu est probablement la trêve de Noël 1914 entre Britanniques et Allemands. Ce concept initialement révélé par l'historien Tony Ashworth en 1980 montre l'ampleur des ententes entre tranchées ennemies. La censure pratiquée sur la correspondance des soldats rend difficile l'investigation de ce phénomène, et la mesure de son étendue durant la guerre 1914-1918. Le film rassemble plusieurs épisodes de fraternisation, survenus en différents endroits du front à la Noël 1914, afin de renforcer son propos. Cependant, tous sont attestés par différents témoignages et preuves historiques, à l'exception de la présence de la cantatrice. Les fraternisations, l'envoi de sapins dans les tranchées allemandes, la partie de football, les échanges de denrées, chants (dont celui interprété par un ténor allemand reconnu par un soldat écossais), la messe de Noël commune dans le no man's land, la trêve pour relever les corps, la photo de groupe, et le passage d'une tranchée à une autre pour se protéger des bombardements d'artillerie ont donc bien existé. Il semble donc que tous les évènements traités dans le film ont réellement eu lieu mais pas dans la même tranchée à chaque fois.

Analyse

Dans le film de Carion, pas d’effet de narration, pas de prouesse stylistique, pas de plaisir formel. Facilité ? Peut-être, mais dans ce qui se présente comme un conte à visée universelle, jouer la carte de la transparence est sans doute un choix judicieux. Une telle histoire, dont la force est qu’elle est tirée de faits réels, mérite qu’on lui laisse le champ émotionnel tout entier. Puisque c’est le jeu, on se laisse sincèrement aller à verser une larme lors des scènes de fraternisation.

Dénoncer l’absurdité de la guerre, célébrer le sentiment profond d’humanité qui relie malgré tout les ennemis, prévenir contre les discours biaisés, chauvins, à tendance intégriste... Carion, en tant qu’artiste, fait son travail. Il réussit même -et c’est là l’intérêt supérieur de son film- à perpétuer l’esprit de ce Noël 1914. Les temps ont changé : les alliances militaires cèdent leur place aux accords financiers. Tour de force du producteur de Nord-Ouest, Christophe Rossignon, et de tous ceux qui ont réussi à monter une telle co-production, qui réunit des deniers des quatre coins de l’Europe. De même, sur le champ de bataille comme dans celui de la caméra, plusieurs nationalités se sont rencontrées. Qui eût cru qu’un jour un « ch’ti » comique du Nord reluquerait la belle échappée de Troie, et que le père de Billy Elliot parlementerait avec le fils de Good Bye Lenin ! et le hippie de Narco ? Par ce rendez-vous d’acteurs, ce sont différents cinémas qui se télescopent d’abord, puis s’enrichissent et se nourrissent mutuellement pour mieux raconter une Histoire qui s’enracine dans les terres européennes. « Unis dans la diversité ».

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