Jeudi 26 avril 2012Do the Right Thing

Spike Lee

Genre : Comédie dramatique
Durée : 120 min
Sortie : 1989

Distribution

Ossie Davis, Danny Aiello, Giancarlo Esposito, Richard Edson, Spike Lee, Ruby Dee, Samuel L. Jackson, John Turturro, Martin Lawrence, Miguel Sandoval, Frank Vincent

Résumé

Inspiré de la tragédie de Howard Beach au cours de laquelle un Noir fut pourchassé et tué par une bande d'adolescents, Do the Right Thing se présente comme une chronique du secteur de Bedford-Stuyvesant.

Commentaire

Cela fait déjà 20 ans que Spike Lee a réalisé Do the right thing, son film le plus apprécié tant pour sa forme que pour sa complexité. Troisième long-métrage de Lee, ce film marqua un tournant dans la filmographie du réalisateur dans la mesure où ce fut son premier film s’attachant à décrire les relations entre noirs et blancs. Oeuvre cinématographique complexe aux références multiples, Do the right thing fait partie de ces films qui posent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses.
Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à faire ce film, il répondit « tout a commencé à cause de l’incident à Howard Beach ». L’incident en question correspond à l’assassinat de Michael Griffith, un Afro-américain de 23 ans, par une foule d’Italien-américains. De cet évènement tragique, Spike Lee retiendra quelques éléments pour son film: la pizzéria, la foule en colère, et les relations entre noir américains et italien américains.
Le climat global de 1989 était épouvantable pour les Afro-Américains (AA), c’est pour cette raison que Spike Lee remplira le quartier où a lieu l’action de son film avec des références à ces évènements tragiques. On peut ainsi lire sur l’un des murs du film un graffiti proclamant « Tawana told the truth » (en référence à une jeune AA ayant porté plainte pour viol). Même les dialogues de la fin du film font références à ces nombreuses victimes du racisme quotidien.
En 1989, c’est également l’apparition d’un nouveau phénomène: la gentrification qui voit l’arrivée d’une classe sociale riche qui vient acheter des propriétés dans un quartier pauvre causant ainsi le départ des populations pauvres. L’un des personnages du film, l’agité Buggin Out, y fait directement allusion en reprochant à l’homme qui marche sur ses Nike Jordans de n’être pas du quartier (« You motherfuck gentrification »).
Le contexte politique de l’époque était également mouvementé. L’une des morales du film est d’ailleurs de faire prendre conscience aux spectateurs de la puissance de leur droit de vote. En plein année d’élection municipale, on peut même affirmer que le film a, dans une certaine mesure très relative, contribuer à l’élection du premier maire noir de NYC.
Le contexte culturel de 1989 peut se résumer en deux mots: Hip-Hop. En effet, Public enemy est à son apogée dans les quartiers Afro-Américains et bénéficient d’une tribune très importante pour délivrer leur message radical. Dans le film, c’est Radio Raheem qui incarnera cette voix neuve et engagée grâce à son ghettoblaster jouant « Fight the power » en permanence. Mais le vrai King de Brooklyn à l’époque c’est certainement Mike Tyson, qui démolit tout sur son passage et est considéré comme l’enfant prodige de l’île.
L’une des forces principales de Do the right thing (DTRT) est de, malgré son côté irréaliste, savoir décrire les grands changements de l’époque qu’ils soient politiques, sociaux ou culturels.

Une mise-en-scène novatrice

Une des figures de style préférées de Spike Lee se retrouve magnifiée dans ce film: l’adresse directe à la caméra. Déjà aperçue dans son premier long-métrage (She’s gotta have it) puis dans bon nombre de ses autres films, cette technique est ici utilisée lorsque des personnages appartenant chacun à une classe ethnique différente s’adressent à la caméra directement en déversant leur haine envers la classe ethnique opposée. Scène marrante certes, mais également subtile car elle souligne l’un des traits fondamental du racisme: le fait d’être toujours un monologue, jamais un dialogue.
L’une des choses les plus frappantes dans DTRT est certainement l’utilisation étonnante de couleurs chaudes, de couleurs « afrocentriques » pour reprendre les mots de Spike Lee, soucieux de contourner l’esthétique visuelle hollywoodienne. Ce Brooklyn tout en couleur rappelle celui décrit par le peintre Afroaméricain Romare Bearden connu pour ses techniques de collages représentant la communauté Afro-américaine.
Les couleurs revêtent également un sens symbolique notamment dans les vêtements. Le personnage de « Da Mayor », qui réclame la cessation des hostilités et la paix dans le quartier, est aussi celui qui porte des vêtements aux couleurs neutres (gris et beige). A l’inverse, Buggin’out (l’agitateur politique) porte des couleurs flashy dans un style hiphop. Alors que Pino (le frère italien raciste) porte un t-shirt blanc , son frère (plus tolérant et ami de Mookie) porte un marcel noir.
Un autre élément notable de la mise-en-scène de DTRT est l’utilisation du cadre incliné lors des moments de tensions extrêmes entre deux groupes divergents. Ainsi, la première rencontre entre Da Mayor et Mother Sister (opposition de genre) est filmée avec un cadre légèrement incliné. On retrouvera ce procédé lors de la confrontation entre Radio Raheem et Sal. Technique de mise-en-scène assez moderne, on retrouvera l’écran incliné sublimé dans Carlito’s way de Brian de Palma (à chaque replongée d’Al Pacino dans la violence, le cadre s’inclinait).
Ce n’est certainement pas la mise-en-scène qui a suscité les foudres de Wenders ou de Joe Klein mais bien plus le contenu idéologique du film. Mais si l’on veut comprendre la morale finale, il faut certainement saisir les allusions culturelles et historiques que Spike Lee dissémine tout au long de son film.

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