Jeudi 19 avril 2012Adaptation

Spike Jonze

Genre : Comédie
Durée : 116 min
Sortie : 2003

Distribution

Nicolas Cage, Meryl Streep, Chris Cooper, Cara Seymour, Tilda Swinton, Ron Livingston, Brian Cox, Maggie Gyllenhaal, Jim Beaver, Judy Greer, Litefoot, Doug Jones, Jay Tavare

Résumé

Le scénariste Charlie Kaufman est rongé par le doute. Engagé pour adapter à l'écran un livre tiré de la vie de John Laroche, chasseur et trafiquant d'orchidées dans les Everglades, il est totalement bloqué. Comme Susan Orlean, la brillante journaliste new-yorkaise qui a rédigé le roman, Charlie est incapable de vivre une véritable histoire d'amour. Donald, son frère jumeau, aggrave la situation : non seulement, il réussit sans peine comme scénariste, mais il remporte également un franc succès auprès des femmes, ce qui n'est pas le cas de Charlie. Un jour, ce dernier croit avoir trouvé une solution : il va utiliser ses problèmes personnels comme base d'un scénario sur Laroche et Susan Orlean. Mais alors que l'inspiration vient et que l'histoire prend forme, Charlie va déclencher une série d'évènements qui vont bouleverser la vie de tous les protagonistes.

Analyse

Après une introspection en règle dans la tête de John Malkovich, Spike Jonze se penche sur les affres de la création en mettant en scène son propre scénariste Charlie Kaufman aux prises avec l’adaptation impossible d’un roman sur les orchidées. Spike Jonze revisite donc le genre (de la satire hollywoodienne) et le résultat s’avère convaincant avec cet aspect créatif qui est au cœur de l’intrigue du film.

La création et ses doutes, ses angoisses, ses souffrances. En cela, l’approche de Kaufman est innovante car elle repose sur une approche comique du personnage du scénariste. Kaufman n’hésite pas à se moquer de lui-même, dressant un autoportrait peu flatteur : gros, vieux, peu séduisant, névrosé, ce qui annihile le côté narcissique du film. Il en profite, au passage, pour égratigner les mauvais scénaristes, les agents, les séminaires de Robert McKee et les élitistes New Yorkais, et place ainsi son film dans le ton de l’autodérision se situant dans la droite lignée d’un cinéma à la Woody Allen.
Kaufman offre une singulière mise en abîme qui trouve son acmé dans la scène où Charlie dicte sur son magnétophone ce qu’il est en train de faire. Une réflexion à l’infini, un jeu de miroirs qui ne cesse d’entremêler avec brio la réalité de ce que vit Charlie avec l’écriture du livre Le voleur d’Orchidées (qui est retranscrit sous formes de flash-back). Le tout en superposant en même temps les coulisses de Dans la peau de John Malkovich et celles d’Adaptation.

De quoi s’emmêler les pinceaux ! Pourtant l’attention ne faiblit pas et les ressorts dramatiques sont efficaces, le spectateur ayant l’impression de vivre le douloureux accouchement du scénario en même temps que son auteur. Une vraie dissection du processus créatif. Toutefois, la véritable force du scénario vient plus de sa façon de considérer le métier de scénariste que de sa mise en abîme qui est amusante tout en restant formelle.

Ce que Kaufman retranscrit avec soin, c’est le dilemme et l’angoisse dans lesquels est pris aujourd’hui tout scénariste (et plus particulièrement hollywoodien), tiraillé entre le désir de faire de l’art et la tentation de succomber aux produits formatés hollywoodiens répondant avant tout aux normes de rentabilité. Une dichotomie symbolisée par l’invention du frère jumeau Donald, qui n’existe pas puisqu’il n’est que le produit des conflits intérieurs de Charlie. Donald tente de construire son scénario comme un architecte construit une maison : en reprenant les formules qui marchent, alors que Charlie essaie d’écrire un bon scénario mais se retrouve leurré par des nécessités commerciales afin de survivre. Donald lui intègre les données commerciales avant même d’écrire son script.
Ainsi, le titre du film, Adaptation, au-delà de la simple référence à l’acte d’adapter le livre, fait aussi bien référence aux orchidées qui doivent muter pour survivre qu’aux scénaristes.

Contre toute attente, à la fin du film, la résistance de Charlie tombe. Dans le dernier acte, il se fourvoie en utilisant les techniques « qui marchent », celles qu’il n’a eu de cesse de contourner dans son adaptation du livre. Un parti pris risqué mais qui reste efficace dans le cadre du propos puisque l’on constate avec amertume que cette formule (aussi violente soit elle) fonctionne. Un vrai sabotage qui montre avant tout comment il est facile avec quelques pitoyables formules scénaristiques (retournements et coups de théâtre) de tromper les spectateurs. Kaufman marque un but, même s’il perd une partie des spectateurs en changeant brutalement le rythme de son film en le rendant, un moment, indigeste.

Si Adaptation se doit d’être vu par tous ceux qui côtoient le milieu de la création, il vaut aussi le détour pour ses acteurs, Nicolas Cage en tête. L’acteur est prodigieux dans les deux rôles : paumé ou idiot. L’humour absurde lui sied à merveille. Meryl Streep approche les différentes dimensions de son rôle avec finesse et Chris Cooper fournit une remarquable interprétation de John Laroche, un clown très malin. Parabole sur l’art comme épreuve, Adaptation est une comédie loufoque, intelligente et névrotique. Garnie de nombreux éléments satiriques, cette oeuvre inclassable constitue un honnête témoignage et une passionnante réflexion sur le métier de scénariste.

Le mérite de Kaufman, au-delà du film, est qu’il réussit à redonner toute sa place au scénariste d’un film qui est autant l’auteur que le réalisateur, trop souvent mis en avant. Un coming-out qui ne laisse pas oublier pour autant la folle mise en scène de Spike Jonze sans qui Adaptation ne serait pas.

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