Jeudi 15 mars 2012Jules et Jim

François Truffaut

Genre : Drame
Durée : 102 min
Sortie : 1962

Distribution

Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre, Marie Dubois, Cyrus Bassiak, Sabine Haudepin, Annie Nelsen, Vanna Urbino, Michel Subor

Résumé

Paris, dans les années 1900 : Jules, allemand et Jim, français, deux amis artistes, sont épris de la même femme, Catherine. C'est Jules qui épouse Catherine. La guerre les sépare. Ils se retrouvent en 1918. Catherine n'aime plus Jules et tombe amoureuse de Jim.

Analyse

Œuvre parmi les plus emblématiques de la Nouvelle Vague, le troisième film de François Truffaut, Jules et Jim, est l'adaptation du roman éponyme de Henri-Pierre Roché, qui narre l'amitié au début des années 1900 entre les inséparables et indissociables Jules, allemand, et Jim, français. Le film, comme Les 400 Coups, opte pour une esthétique réaliste : outre les images d'archives utilisées alors que la première Guerre Mondiale perturbe le récit (Jules et Jim y participant tous les deux, l'un combattant aux côtés des français, l'autre de celui des allemands), les escapades du trio formé par Jules, Jim et Catherine sont photographiées comme des photos de rues, prises sur le vif. Parmi les séquences les plus représentatives du film de Truffaut, il y a cette course innocente sur un pont, lancée par Catherine (« Le premier qui arrive au bout de la passerelle... ») et synthétisant toutes les ambivalences de Jules et Jim.
Ambivalence des images, réelles ou de fiction, et ambivalence des sons, voix-off, dialogues et partitions musicales s'entremêlant sans cesse. François Truffaut procède ici par collage. Une pluralité de tons s'installe alors : par son brassage des formes de discours, Truffaut mêle littérature (en reprenant des citations du roman de Roché, il ne gomme pas son style) et cinéma, présent (des dialogues, de l'image captant un instant de vie) et passé (le style romanesque de l'ensemble), vie et mort.
Dans la peinture du triangle amoureux, signalant une vie menée en dehors des conventions et de la morale, Jules, Jim et Catherine sont seuls au monde et donc invulnérables, ils ne cessent de prouver leur joie de vivre. Pourtant ce trio si soudé est d'emblée trop fragile pour être éternel : Catherine arbore une casquette, se peint une moustache, mais n'est jamais semblable à Jules et Jim. Plus qu'un simple personnage, elle est un symbole, une personnification de la Nouvelle Vague : Catherine dicte le montage de Jules et Jim, imposant ainsi son rythme, puisque c'est elle qui provoque des arrêts sur image dès qu'elle pose ou de grandes ellipses à chacun de ses permanents changements d'avis. Comme le mouvement qu'elle incarne, elle revendique sa liberté (sa relation avec Jules et Jim, par ailleurs deux amateurs d'art qui l'admirent, est l'exemple le plus flagrant) mais demeure éphémère.
Déjà, le prologue, « Tu m'as dit ‘'Je t'aime'', je t'ai dit ‘'Attends''. J'allais dire ‘'Prends-moi'', tu m'as dit ‘'Va-t-en'' », inclut la fatalité. François Truffaut réalise un film oscillant sans cesse entre légèreté et gravité, entre comédie et tragédie, entre l'euphorie de vivre l'instant présent, emporté par le tourbillon de la vie (confirmé par le rapide phrasé de la voix-off) et le désespoir d'une fin inévitable. Avec Jules et Jim, François Truffaut redéfinit la notion d'adaptation. Si comme le roman de Roché son film met en scène la rencontre entre les héros éponymes et Catherine, le cinéaste donne à voir également une autre rencontre, liée à des préoccupations exclusivement cinématographiques : celle entre deux amateurs d'art et un nouveau mouvement personnifié par le personnage féminin, incarné par Jeanne Moreau, qui deviendra l'une des icônes de la Nouvelle Vague.

La nouvelle vague

La Nouvelle Vague est un mouvement cinématographique apparu en France à la fin des années 1950. Le terme apparaît sous la plume de Françoise Giroud dans L'Express du 3 octobre 1957, dans une enquête sociologique sur les phénomènes de génération. Il est repris par Pierre Billard en février 1958 dans la revue Cinéma 58. Cette expression est attribuée aux nouveaux films distribués en 1959 et principalement ceux présentés au Festival de Cannes de cette année-là. C'est une campagne publicitaire du CNC qui va définitivement effacer le sens sociologique du terme pour l'appliquer plus strictement au cinéma.
Le coup d'envoi fut donné par Le Coup du berger, court métrage de Jacques Rivette en 1956, mais le rejet du cinéma français officiel remonte en fait à la Libération et à la découverte enthousiaste, au lendemain de la guerre, du cinéma américain. La Cinémathèque puis la célèbre « revue à couverture jaune », d'André Bazin, les Cahiers du cinéma, servent d'école aux critiques qui vont bientôt s'emparer de la caméra.
La Nouvelle Vague ne se définit pas seulement par ses techniques cinématographiques révolutionnaires pour l'époque mais aussi par ceux qui la composent tels François Truffaut, Éric Rohmer, Agnès Varda, Jean Eustache, Jacques Rivette, Claude Chabrol et Jean-Luc Godard qui constituent le cœur du mouvement. Le mouvement n'est pas le fruit d'une longue recherche sur le cinéma, mais le produit immédiat d'une époque et le fruit de la rencontre de plusieurs jeunes cinéastes. Il s'inscrit dans le contexte historique de l'époque et traduit les mouvements de société : début des Trente Glorieuses, des révoltes étudiantes, guerre d'Algérie, Mouvement de libération des femmes. Le cinéma se fait miroir de l'époque. Ainsi, la saga Antoine Doinel suit de près l'évolution de la société, des transformations du modèle familial (Les Quatre Cents Coups), de la jeunesse avec la modernisation des foyers (Antoine et Colette dans L'Amour à vingt ans) jusqu'au divorce (L'Amour en fuite). La Nouvelle Vague ne se limite pas à un nouveau genre cinématographique, mais se fait, par le vent de liberté qu'elle apporte et tout ce qu'elle sait représenter, l'instantané d'une époque.

Commentaire de Jeanne Moreau et de François Truffaut

Jeanne Moreau : "Ce film est comme une chanson, une chanson réussie. C'est un film musical. (...) Qui n'a pas rêvé de ne pas avoir à faire face au choix ? C'est vrai que l'on peut aimer deux personnes en même temps, pour des raisons différentes, convergentes, complémentaires, parallèles. L'un peut être le reflet de l'autre et mettre en valeur l'autre." A la suite du succès du film, François Truffaut a dit que "Si ce film est réussi, il doit ressembler au livre dont il s'inspire et constituer ainsi un hymne à l'amour, peut-être même un hymne à la vie". Cela appuie une nouvelle fois le respect et la fascination du cinéaste pour le livre originel.

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