Jeudi 8 mars 2012Rio Bravo

Howard Hawks

Genre : Western
Durée : 141 min
Sortie : 1959

Distribution

John Wayne, Dean Martin, Angie Dickinson, Ricky Nelson, Walter Brennan, Ward Bond, John Russell, Claude Akins

Résumé

Un shérif arrête le frère de l'homme le plus puissant de la région. Il n'a pour alliés qu'un adjoint ivrogne, un vieillard boiteux, un gamin, une joueuse de pocker et un hôtelier mexicain, et contre lui une armée de tueurs.

Analyse

Le plus célèbre des westerns de Hawks remporta à sa sortie à Paris un succès long et considérable que le distributeur n'attendait pas. Hawks se soucie moins de renouveler le genre que de prendre ses aises à l'intérieur du genre et d'y approfondir ce qu'il a toujours aimé exprimer que ce soit dans le western ou dans tout autre genre : beaucoup d'humour, peu d'intrigue et une attention particulière à mettre en valeur le relief des personnages.
Les 141 minutes du film sont utilisées avec plénitude et discernement à faire vivre un petit groupe de personnages étroitement liés les uns aux autres (et interprétés par des acteurs admirables). Les groupes ont toujours passionné Hawks, à commencer par les plus petits et les plus solides d'entre eux, les couples et les duos d'amis. Un groupe, plus encore qu'un individu est quelque chose qui évolue sans cesse. Dans un groupe, chacun doit supporter le regard de l'autre posé sur lui et, en même temps cherche à modifier ce regard en se modifiant lui-même.
Pour raconter, une fois de plus, l'histoire -morale- d'un groupe, Hawks part de la situation de base, mais inversée du train sifflera trois fois. Pour lutter contre un ennemi plus fort en nombre, un shérif a besoin d'aide. Dans le train sifflera trois fois, il supplie qu'on lui on donne et n'en reçoit de personne. Ici, il supplie qu'on en lui en donne pas et en reçoit de tout le monde.
Ce shérif est un maître en pédagogie. Il obtient des autres ce qu'il voulait en obtenir sans jamais les solliciter. Mieux encore : ce sont les autres qui ont l'impression de lui demander quelque chose. Dude demande à être considéré comme un homme et non comme une épave. Le vieux Stumpy veut être traité comme un membre actif de la communauté et on comme une charge inutile. Il y a chez lui une demande d'affection, qui le rend pareil à un enfant et que Hawks note avec malice sans jamais vouloir s'attendrir. Feathers, quant à elle, ne veut plus passer pour une tricheuse, ni pour un simple objet décoratif. Mais c'est avec le plus jeune personnage de l'histoire, Colorado, que la pédagogie du shérif est la plus efficace. Il ne force pas sa décision (quand il voit qu'elle est contraire à ses vœux). Il attend patiemment que Colorado vienne vers lui et ait ainsi le sentiment de conserver son libre arbitre. Colorado est aussi avec John T. lui-même le meilleur professionnel du groupe et, à travers eux, Hawks livre avec nonchalance son éloge habituel du professionnalisme.

Réception et suite

Si Rio Bravo a été reçu à sa sortie comme un simple western de plus pour John Wayne, c'est aujourd'hui comme un des plus grands chefs d'oeuvre du genre. Le film rencontra néanmoins un important succès public en 1960. Il rapporta près de 6 millions de dollars.

Quentin Tarantino en a parlé comme de son film préféré et de nombreuses oeuvres y font références. Des images de Rio Bravo apparaissent dans Dead Pigeon on Beethoven Street de Samuel Fuller et Get Shorty de Barry Sonnenfeld. Les personnages de Who's that knocking at my door ? de Martin Scorsese font référence au film tout comme ceux du Mépris de Jean-Luc Godard.
En 1967 et 1970, Howard Hawks a filmé deux variations autour de Rio Bravo. Dans El Dorado, John Wayne incarne un tueur solitaire qui vient prêter main forte à un vieil ami sherif qui connaît des problèmes d'alcools interprété par Robert Mitchum. Dans Rio Lobo, Howard Hawks réadapte une nouvelle fois certaines des séquences des deux films précédents. John Wayne y tient à nouveau le rôle principal. Certaines scènes prévues initialement dans le scénario de Rio Bravo mais abandonnées au tournage ont été reprises pour El Dorado. Les trois films ont par ailleurs été écrits par Leigh Brackett.

Acteurs / Chanteurs

Deux des acteurs du film, Dean Martin et Ricky Nelson, sont également des chanteurs. Il n'est donc pas étonnant qu'ils fassent entendre leurs voix dans Rio Bravo. Leurs contrats exigeaient qu'ils aient au moins un titre séparé chacun. Ricky Nelson venait de connaître un succès très important notamment auprès du public adolescent avec Poor little fool. Il deviendra une des grandes stars de la chanson américaine. Ricky Nelson n'aurait pas été très satisfait de sa chanson Cindy. A noter par ailleurs, l'artiste n'était pas un débutant dans la comédie. Il avait joué toute son adolescence dans une célèbre série télévisée intitulée The adventures of Ozzie and Harriet.
Dean martin de son côté était dans le cinéma depuis plus de dix ans quand il tourne Rio Bravo. En 1965, il retrouve John Wayne sur Les Quatre fils de Katie Elder.
Pour justifier l'importance accordée à ses deux voix, Howard Hawks déclarait quelques semaines avant sa mort "quand on a des gens de talent, on a le devoir de les utiliser." Les chansons du film ont été composées par Dimitri Tiomkin et Paul Francis Webster.

Intention du réalisateur

En terme de mise en scène, Rio Bravo répond aux exigences d'Howard Hawks à savoir aller vers le plus de simplicité possible : "La meilleure manière de raconter une histoire au cinéma est de la filmer comme on la voit. Partez de vos yeux. Laissez le public voir les choses comme s'il était là. La plupart du temps, ma caméra reste au niveau du regard. De temps en temps, elle se déplace comme si un homme marchait et découvrait quelque chose. Sinon, elle peut avancer ou reculer pour mettre en avant un élément du cadre sans faire de coupe. A part ça, ma mise en scène est la plus simple du monde."

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