Jeudi 15 décembre 2011M le Maudit

Fritz Lang

Genre : Film noir
Durée : 89 min
Sortie : 1931

Distribution

Peter Lorre, Otto Wernicke, Gustaf Gründgens, Ellen Widmann, Inge Landgut

Résumé

Un sadique assassine des petites filles. La pègre et la police se mettent à le rechercher.

Analyse

Pour Lang, l'homme, comme habité du péché originel, doit toujours réprimer ses envies de meurtres. La démocratie devrait s'opposer aux pulsions bestiales, toujours renaissantes de l'homme, et plus encore de la foule. Mais les hommes politiques n'ont pas souvent le courage de faire de la démocratie ce rempart solide contre la sauvagerie.
Dans M. toute une société va se liguer pour éliminer un être nuisible et l'empêcher d'exister. Le film commence par une comptine : "Attends encore un peu le méchant homme noir viendra avec sa petite hache, il fera du hachis de toi... Tu es dehors." La petite fille, au centre, joue le rôle du bourreau et élimine de la vie les autres enfants. Dans un second cercle, elle entraîne le mouvement de la camera pour amorcer l'histoire du film : celle de la petite fille qui va être tuée par le vrai méchant homme noir.
Le scénario langien fonctionne comme une succession de pièges qui s'enchaînent les uns aux autres. C'est le ballon qui conduit la petite fille à l'assassin et le ballon de baudruche qui s'envole avec l'âme d'Elsie reviendra hanter M. Enfin le montage alterné entre Schraenker, chef de la pègre et le préfet piègera M. Le montage alterné procède par raccords dans le mouvement et dans le texte. Ainsi le policier succède t-il à l'escroc dans un mouvement ascendant qui succède au mouvement descendant : l'un s'assoit l'autre se lève. Pickpocket et faussaire d'un côté, policier et enquêteurs de l'autre, se répondent en champ contre champ dans le montage alterné. Cambrioleur et graphologue, police et pègre s'allient objectivement pour retrouver celui qui dérange l'ordre économique pour la pègre, l'ordre moral et politique pour la police. Par le montage, Lang révèle ainsi la similitude entre la pègre et la police, ces deux faces d'une même société. Seules les méthodes diffèrent, la pègre cherche des traces dans le présent, la police des traces dans le passé.
Les notations sociales du films relèvent probablement de l'influence de Bertold Brecht. Mme Beckman reçoit le panier avec la même lassitude que l'autre blanchisseuse. Elle est la classe laborieuse sur laquelle tous les malheurs vont s'abattre. Son travail ne lui permet pas d'aller chercher son enfant à la sortie de l'école. Ceux qui peuvent se le permettre sont des bourgeois que l'on reconnaît à leurs beaux habits.

Les débuts du parlant de son guère favorable à la mobilité de la caméra pourtant magistrale plan-séquence de la cotation des tartines à la bourse des mendiants, reflet de la crise économique. Ce sont pas moins de quinze plans rassemblés en un unique plan séquence d'une minute trente avec travellings et panoramiques et passages entre deux mentaux. Le son est totalemnt maîtrisé : le sifflement de M, la comptine, le bruit du Klaxon pour signifier le danger évité, l'aveugle qui ne veut pas entendre la rengaine mécanique et la perçoit en son subjectif.
Experssionnsime de la lumière et des cadrages ainsi la première apparition de M sous la forme d'une ombre. L'ombre efface le mot assassin ce qui provoque l'association d'idée puis, en se penchant vers la petite fille, dégage à nouveau le mot ce qui le met en évidence. Plan en Losange de la vitrine du coutelier et Schraenker associé au nazisme par son costume : gants noirs, manteau de cuir rigide et la canne.

Lang à l'époque

Ce film qui date de 1932 a été d'abord censuré avec des scènes coupées puis interdit par Goebbels, une fois Hilter au pouvoir. Le cinéaste raconte dans le livre d'Eric Leguèbe Un Siècle de cinéma américain que Goebbels avait utilisé des séquences de M le Maudit dans un documentaire édifiant sur l'art dégénéré.

M le maudit est l'avant-dernier film de Fritz Lang avant son exil. Il tourne encore Le Testament du docteur Mabuse en 1933. Le réalisateur exerçant un certain ascendant sur les Nazis, Goebbels lui propose de prendre la direction du cinéma allemand bien qu'il soit Juif. Fritz Lang refuse et doit fuir l'Allemagne où il court désormais le risque d'être arrêté. Après une halte en France où il signe Liliom en 1934 avec Charles Boyer dans le rôle principal, il s'installe aux Etats-Unis où il va réaliser plus d'une vingtaine de longs métrages jusqu'à la fin des années 50 date à laquelle il retournera en Allemagne finir sa carrière. On peut voir dans M le Maudit un miroir et une critique de la société allemande de l'entre-deux-guerres.

Le groupe des truands qui contitue un véritable monde parallèle et dont les activités sont gênées par les crimes de Hans Beckert peut être rapproché du parti Nazi, et son chef Schrenke peut être apparenté à Hitler.

La particularité de ce film est de mettre sur un pied d'égalité la contre société de la pègre et les représentants de l'Etat. Ce lien est réalisé grâce à un montage parallèle avec les deux groupes partant à la recherche de Hans Beckert. Non seulement les fonctionnaires de la République de Weimar sont comparés aux truands, mais en plus ils sont peints sous des traits peu flatteurs car ils se montrent incapables de trouver l'assassin.

Fait divers

Le film est inspiré d'un fait divers. Peter Kürten aurait tué pour la première fois à l'âge de 9 ans puis il aurait entrepris une véritable série de meurtres sadiques à 20 ans en 1913 tout en se mariant et en gardant une allure de bourgeois respectable. Dans les années 20, il terrorise la ville de Düsseldorf par des crimes particulièrement atroces, la police constate des actes de vampirisme, d'où son surnom de "vampire de Düsseldorf". Il est arrêté 14 mai 1930 et guillotiné le 2 juillet 1931 pour neuf meurtres, trois viols et sept tentatives de meurtres. Mais ses victimes seraient beaucoup plus nombreuses. Le caractère sexuel de ses crimes et le fait qu'il s'attaque non seulement à des jeunes filles mais aussi à des femmes et des hommes n'a pas été repris par Fritz Lang dans M le Maudit.

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