Jeudi 8 décembre 2011Billy Elliot

Stephen Daldry

Genre : Comédie dramatique
Durée : 111 min
Sortie : 2000

Distribution

Jamie Bell, Gary Lewis, Julie Walters, Jamie Draven, Jean Heywood, Stuart Wells, Nicola Blackwell, Collin Maclachlan, Billy Fane, Janine Birkett, Adam Cooper, Merryn Owenas

Résumé

Dans un petit village minier du Nord-Est de l'Angleterre, Billy, onze ans, découvre avec stupeur qu'un cours de danse partage désormais les mêmes locaux que son club de boxe. D'abord effaré, il devient peu à peu fasciné par la magie de la gestuelle du ballet, activité pourtant trop peu virile au regard de son père et de son frère Tony, mineurs en grève.
Billy abandonne les gants de cuir pour assister discrètement aux leçons de danse professées par Mme Wilkinson. Repérant immédiatement un talent potentiel, elle retrouve une nouvelle énergie devant les espoirs que constitue Billy.
Les frustrations larvées explosent au grand jour quand son père et son frère découvrent que Billy a dépensé l'argent consacré au cours de boxe pour des cours de danse.
Partagé entre une famille en situation de crise et un professeur de ballet têtu, le jeune garçon embarque alors dans un voyage à la découverte de lui-même.

Analyse

On connaît des spectateurs qui pleureront et qui aimeront avoir pleuré. Comme ceux qui, à Cannes, ovationnaient cette modeste production british lors de la clôture de la Quinzaine des réalisateurs. Comme les foules du Royaume-Uni qui lui ont fait le triomphe de l'année. Selon toute vraisemblance, Billy Elliot devrait connaître aussi un beau succès par chez nous. Pas de formule magique à la clé, mais une évidente habileté à jongler avec les poncifs, à faire du (presque) neuf avec des conventions qui ont déjà beaucoup servi. Quand Billy, 11 ans, plaque les cours de boxe que lui paie son paternel, afin de s'initier, en cachette, à la danse classique, on sait qu'il va en baver. Parce que dans le monde où il vit, celui des mineurs du nord de l'Angleterre, il n'est même pas imaginable qu'un petit mec fasse des entrechats au milieu de gamines en tutu. Ou alors c'est qu'il est pédé ¬ son frère aîné crache le mot, son père, qui n'en pense pas moins, explose. Colère fracassante. Incompréhension sur toute la ligne. Mais rien n'est joué, car Billy a la volonté chevillée au corps, et en plus, il est doué. Cela crève les yeux. A partir de là, basculement décisif du scénario : l'intransigeance abrupte du père va fondre peu à peu devant la détermination passionnée du fils. Et l'on pressent que le destin du gosse a de bonnes chances de finir en happy end. Stephen Daldry et son scénariste, Lee Hall, jouent cartes sur table : c'est l'émotion qui les intéresse. Mais fallait-il qu'en plus des multiples obstacles qu'il rencontre, Billy vive dans le souvenir attristé de sa maman récemment disparue et prenne plus ou moins en charge une grand-mère gaga ? En plusieurs occasions, les larmes du père qui craque, de plus en plus bouleversé par l'aventure de son fiston, sont embarrassantes. Une telle roublardise est de trop dans un film qui, par ailleurs, distille une sensibilité réelle, quand on s'y attend le moins. Quand Billy, par exemple, découvre l'homosexualité de son meilleur copain. Ou quand il se trouve confronté, pour la première fois, à l'univers snob et codé d'une école de danse huppée de Londres. L'action de Billy Elliot se déroule en 1984, en pleine grève des mineurs : un combat désespéré contre la politique Thatcher, qui sert, ici, de toile de fond. Comme dans Les Virtuoses de Mark Herman, quelques touches de réalisme social haussent le film au-dessus du mélodrame annoncé. Assistant, atterré, à l'affrontement violent des grévistes et des policiers, Billy trouve le surcroît d'énergie qui l'incite à ne pas céder. Tout est dit, en quelques plans, avec une simplicité poignante. Billy Elliot, premier film d'un metteur en scène de théâtre renommé, est ainsi bâti de bric et de broc. Avec des platitudes sentencieuses, des clichés formels (lumières bleutées pour poésie de pacotille...), mais aussi des moments de grâce inattendus. Dans une séquence clé, Billy danse, déchaîné, dans la rue, en se heurtant violemment aux murs et aux barrières métalliques qui délimitent son existence depuis l'enfance. En sortir, dit-il. Sans les mots, mais avec tout son corps. La révolte de Billy, filmée de manière inspirée, apparaît, à cet instant, éclatante. En fait, ce que Stephen Daldry réussit le mieux, c'est le portrait de son jeune héros. Imperméable au sentimentalisme ambiant, un caractère, petit à petit, s'affirme, spontané, réfléchi, vulnérable, audacieux ¬ l'interprète, Jamie Bell apporte au rôle son charisme brut, naturel, auquel il est difficile de résister.

Un peu d'histoire

La grève de 1984–1985 n'était soutenue que par 40 % des adhérents à l'Union nationale des mineurs lorsqu'elle est déclenchée (National Union of Mineworkers, ou NUM, puissant syndicat britannique), à l'époque moins revendicatifs que les dirigeants, notamment le marxiste Arthur Scargill. Ce dernier refusait par principe une quelconque fermeture de puits déficitaires, réclamant des investissements publics. Selon M. Scargill, seul un puits épuisé devrait pouvoir être fermé.
La décision des dirigeants de déclarer la grève sans passer par un vote, et la rendant ainsi illégale, s'explique par le fait que la majorité des mineurs ne la souhaitait pas. L’Union nationale des mineurs était bien plus que le parti travailliste à la tête de l'opposition à Margaret Thatcher parce que le parti travailliste avait subi quelques mois avant une lourde défaite et parce que le dirigeant du NUM était un marxiste, partisan d'une révolution. D'autre part, la fermeture des mines de charbon signifiait la perte de plusieurs dizaines de milliers d'emplois, notamment dans la région du Yorkshire : faire voter les adhérents pour décider du lancement de la grève, alors que 40% seulement la soutenaient, signifiait le renoncement à la grève et aurait été considéré comme une trahison par les mineurs du Yorkshire.
La grève fut l'une des plus longues de l'histoire du Royaume-Uni. Finalement, les grévistes retournèrent au travail en mars 1985, sans rien avoir obtenu, leurs pertes financières étant trop importantes. L'arrêt de la grève marqua un succès symbolique pour le gouvernement de Margaret Thatcher.

Jamie Bell

Agé de 13 ans et originaire de la ville de Billingham, dans le Nord-Est de l'Angleterre, peine encore aujourd'hui à réaliser ce qui lui est arrivé : "C'est l'ami d'un ami qui m'a entraîné au casting, mais j'ai dû revenir plusieurs fois pour finalement être l'élu..." Jamie a commencé à pratiquer la danse quand il avait 6 ans. "Un jour, il y avait cette fille qui faisait son numéro dans un concours de claquettes, et elle était complètement à côté du rythme. J'ai dit à ma mère que je pourrais faire mieux qu'elle sans problème... et ma mère m'a acheté une paire de claquettes et m'a proposé de suivre des cours !"

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