Jeudi 1 décembre 2011Alien

Ridley Scott

Genre : Horreur, Science-fiction
Durée : 117 min
Sortie : 1979

Distribution

Sigourney Weaver, Tom Skerritt, Veronica Cartwright, Harry Dean Stanton, John HurtIan Holm, Yaphet Kotto, Bolaji Badejo, Eddie Powell, Helen Horton

Résumé

Le vaisseau commercial Nostromo et son équipage, sept hommes et femmes, rentrent sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Mais lors d'un arrêt forcé sur une planète déserte, l'officier Kane se fait agresser par une forme de vie inconnue, une arachnide qui étouffe son visage.
Après que le docteur de bord lui retire le spécimen, l'équipage retrouve le sourire et dîne ensemble. Jusqu'à ce que Kane, pris de convulsions, voit son abdomen perforé par un corps étranger vivant, qui s'échappe dans les couloirs du vaisseau...

Analyse

Alien, ce ne sont évidemment pas que les ravages d’une grosse bébête stylisée. C’est aussi une atmosphère d’étrangeté en germe dès les premières images et qui se muera au fil du film en terreur pure. Les personnages humains, nous suggère-t-on, n’y sont à aucun moment tout à fait maîtres de leur destin, malgré l’assurance qu’ils se donnent et qui s’effritera au rythme de leur extermination par la créature. C’est ce qui fait d’Alien un film d’horreur des plus forts : faire ressentir au spectateur, de la première à la dernière seconde, l’instabilité des situations qu’on ne contrôle jamais vraiment ; une routine qu’on devine d’emblée trop paisible et qui bascule bientôt dans une précarité qui ne fera qu’aller crescendo, confirmant une appréhension ancienne. Le contexte de quasi-huis clos dans un lieu flottant dans le cosmos était évidemment idéal pour cela, mais encore fallait-il travailler plus avant.
Les premiers plans nous installent dans un Nostromo apparemment vide mais autogéré, où le seul signe d’activité est le défilé de listings informatiques – dont un plan nous montre un reflet sur un casque sans porteur, évoquant élégamment l’idée d’une “vie” robotique à l’œuvre. Il faut encore quelques plans avant qu’on découvre les occupants du vaisseau qui sortent en synchrone (comme sous une impulsion indépendante de leur bio-rythme) d’un long sommeil artificiel qui confirme que la bonne marche du voyage a été assurée sans eux. En vérité, tout au long de leur expédition, ils ne font qu’occuper leur place et gérer leur survie au sein de cette entité supérieure qu’est de facto le vaisseau – mû par une intelligence artificielle judicieusement surnommée « Mother » – qu’ils tâchent de soumettre à leurs besoins, mais qui au fond suit un programme créé par leurs employeurs et sur lequel ils n’ont pas réellement prise. Malgré l’assurance que leur donnent leurs décisions quant à leurs activités courantes, ils vont découvrir qu’ils restent les exécutants d’une entreprise qui les dépasse ; et lorsque la créature commence à tuer, la volonté supérieure de sauvegarder cet organisme vivant (pour un usage non révélé) fait de l’équipage des denrées sacrifiables – voire sans doute des cobayes à la disposition du scientifique Ash, qui s’avérera être un androïde aveuglement soumis aux directives de Mother. Au fond, le seul personnage qui échappe totalement à cette dépendance est le chat : celui-là même qu’on verra assister impassiblement à la mort de la première victime, Brett, et qui d’ailleurs partagera avec Ripley (le personnage désormais indissociable de son interprète Sigourney Weaver) le privilège de survivre au carnage.
En ce sens, la créature, avec ses modes de chasse et de reproduction si particuliers, se révèle une matérialisation physique des plus extrêmes de la (dé)possession dont sont objets ses victimes humaines, qui finissent soit pénétrées – par un organe inconnu de la Nature terrestre –, soit détruites de l’intérieur pour libérer un nouvel être. La connotation sexuelle est évidente : l’esthétique du design de la créature par l’artiste H.R. Giger en joue ostensiblement, et la mise à mort particulière de Lambert, la dernière victime, la surligne. Mais c’est plus généralement à la peur liée à la chair intérieure que le spectacle de cet être et de ses ravages fait appel. Dans cette perspective de morts atroces mais surtout de prédation de leur intimité physique, les actions de l’équipage pour tuer l’intrus dépassent le seul cadre de la lutte pour la survie, pour prendre le sens d’un combat pour la préservation de leur moi. Lutte inégale, d’abord parce que la mort de la créature pourrait signifier la propre destruction de leur corps (dissolution par l’acide organique surpuissant qui lui sert de sang), mais aussi parce que d’autres, par le truchement de la « Maman » castratrice, ont semble-t-il déjà décidé de leur sort.
Cette menace de domination par l’organique inspire des images d’une créature à la tête lisse et luisante à souhait, dont la glaçante pureté esthétique est synonyme de danger écrasant pour l’impureté charnelle qu’est celle des humains en position d’infériorité. Elle a aussi inspiré Ridley Scott dans son choix de faire du personnage principal une héroïne – une des deux femmes sur les sept passagers, ce chiffre désamorçant le risque d’un sous-texte féministe trop grossier. Avec le personnage de femme forte de Ripley, la lutte pour la préservation du corps prend un relief nouveau, écho des progrès du féminisme dans les années précédentes et du changement de place des rôles féminins dans le cinéma hollywoodien. Jusqu’à la dernière scène d’Alien, qui voit Ripley tenter d’échapper à la créature alors qu’elle est cachée en petite tenue dans un recoin de la capsule de secours, signe des origines du film dans la série B – avec une touche d’exploitation – et qui reste finalement assez ambiguë sur le degré de complaisance masculine que Scott a pu se laisser aller ici : sans doute tient-elle autant à la recherche du plaisir des yeux qu’à une mise de l’héroïne directement aux prises avec la menace de voir sa chair violentée de la pire des façons...

L'improvisation

Une rumeur selon laquelle les acteurs ne savaient pas ce qui allait se produire au momet où le bébé Alien sort en explosant le torse de Kane (John Hurt) est née après l'exploitation en salles du premier volet de la saga Alien. Elle n'est qu'en partie vraie. John Hurt avait été évidemment mis au courant du déroulement de la scène, tandis que les grandes lignes avaient été expliquées au reste des acteurs composant l'équipage, mais ils n'avaient pas été mis au courant des détails de la scène. Par exemple, Veronica Cartwright ne s'attendait pas à être aspergée de sang, ce qui rend son dégoût et son effroi à l'écran bien plus réalistes.

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