Jeudi 27 octobre 2011Secrets and Lies

Mike Leigh

Genre : Drame
Durée : 135 min
Sortie : 1996

Distribution

Brenda Blethyn, Marianne Jean-Baptiste, Claire Rushbrook, Timothy Spall, Elizabeth Berrington, Phyllis Logan

Résumé

A la mort de sa mère adoptive, Hortense, une jeune femme noire de vingt-sept ans, décide de partir à la recherche de sa véritable mère. Elle apprend avec stupéfaction que sa vraie mère, Cynthia, est blanche et qu'elle a une fille de vingt ans, Roxanne, avec laquelle elle vit. Quant à Cynthia, elle est paniquée quand elle apprend l'arrivée de cette enfant oubliée depuis longtemps.
Palme d'or au Festival de Cannes en 1996 et Prix d'interprétation féminine.

Analyse

Selon le critique F. Strauss, la fable du film serait la suivante : minés par le manque, cernés par le vide, les personnages passent leur temps à essayer de reconstituer du lien, de façon toujours assez loufoque (Cynthia propose à Roxanne d'utiliser le diaphragme qui traîne) et donc le plus souvent en vain. "Qui aurait dit que vous seriez un jour ici avec moi, toutes les deux, comme des nains de jardin ?". Pourtant c'est si simple : dès que Maurice dans son studio de photographe prend son appareil pour tirer le portrait à toutes sortes de clients, il parvient en un clin d'oeil à créer une relation entre-eux. Mais ce lien ne dure que le temps d'un instantané, d'une mise en scène. La consistance manque à la vie mais pas à son enregistrement : ces images de nous sont notre dernier lien possible.
Mike Leigh finit par rendre sympathiques des personnages qui n'ont, au départ, guère d'atouts de leur côté. Le temps du film, les personnages sourient, s'améliorent, cherchent à établir la vérité sur leurs sentiments. Ils acquièrent une humanité qui en fait nos semblables.
Improvisation
A la manière d'un tournage de Claude Lelouch, la plupart des scènes de Secrets et mensonges ont été improvisé au jour le jour. Mike Leigh a souhaité procéder de cette façon afin de conserver beaucoup de fraîcheur, et surtout que les caractères des différents personnages évoluent et se construisent le plus naturellement possible.
Afin de donner encore plus de force et d'émotion à son film, Mike Leigh a tenu à ce que ses deux actrices principales, Brenda Blethyn et Marianne Jean-Baptiste, ne se rencontrent pas avant leur toute première scène commune.

Critique

C'est une calamité, cette femme ! Cynthia se fringue comme il n'est pas permis. Elle larmoie, elle pose les questions qu'il ne faut pas, au moment où il ne faut pas. Elle vous poursuit de pièce en pièce, un verre à la main, avec cette voix insupportable et ses « sweetheart » qui donnent envie de hurler et de fuir. Ce que fait Roxanne, sa fille. Qui la rembarre, lui balance deux ou trois vacheries puis se barre. Comme d'ailleurs s'est barré Maurice, le frère de Cynthia. Encouragé par Monica, sa femme, très ferme sur la question : surtout pas de Cynthia dans sa maison aménagée, meublée, décorée avec un soin paranoïaque. Cela fait des mois que Cynthia et Maurice ne se sont pas vus. Mais les 21 ans de Roxanne approchent, et Maurice vient inviter les deux femmes à un barbecue. Il se tient là, gros, grave, guindé dans la chambre de leurs parents décédés, que Cynthia a conservée dans l'état. Et la voilà soudain en larmes, serrée contre le corps colossal de son « baby brother », qui ne sait trop comment étreindre cette femme qui s'effondre, soudain, devant tant de petits secrets enfouis et de mensonges quotidiens. Le grand secret de Cynthia, c'est une seconde fille qu'elle a abandonnée à sa naissance avant même de l'avoir vue, et qui vient de se manifester au téléphone. Affolée, Cynthia. Mais elle consent tout de même à rencontrer Hortense qui s'avère être noire. Elles sont assises dans un café désert. Le plan, fixe, dure neuf minutes. Neuf minutes d'émotion, de tension, de magie. D'abord, en dépit des papiers officiels que lui tend Hortense, Cynthia commence par protester : « Ne le prenez pas mal, sweetheart, mais enfin si j'avais couché avec un Noir, je le saurais, non ? » Et puis, soudain, on sent dans ses yeux (c'est à cet instant que la comédienne Brenda Blethyn a dû gagner son Prix d'interprétation féminine, à Cannes) se dessiner un souvenir depuis longtemps refoulé. Mike Leigh avait l'impression que ce moment était totalement dramatique. A Cannes, le public a ri, ce qui l'a surpris, mais plutôt réjoui. La réussite du film est là, en effet, dans cette osmose parfaite entre le rire et les larmes. Mike Leigh pousse la maîtrise à son paroxysme lors du barbecue insensé autour duquel se réunissent tous les héros de cette tragi-comédie. Où chacun a des secrets à dévoiler, des mensonges à avouer. Où chacun se retrouve en pleurs. Cynthia en tête, bien sûr. Mais aussi Monica, sa belle-soeur. Et Roxanne, dont les efforts pour ne pas céder à l'attendrissement finissent par devenir drôles. Le pompon, c'est tout de même la secrétaire de Maurice, invitée elle aussi à la party, qui hoquette à son patron : «Vous êtes formidable ! C'est vous que j'aurais aimé avoir pour père ! » Moment absolument irrésistible. La méthode Mike Leigh, on la connaît désormais. C'est prendre de supposés crétins et dévoiler peu à peu leur beauté cachée, comme dans la chanson de Gainsbourg (La beauté cachée / Des laids, des laids / Se voit sans délais, délais). Il y parvenait à peu près dans High Hopes. Et beaucoup mieux encore dans Life Is Sweet et Naked, où il réunissait le prodige de rendre attachant un être qu'en toute logique on aurait dû haïr. Avec Secrets et mensonges, il atteint une espèce de perfection. L'équilibre idéal entre l'habileté (bien sûr que Mike Leigh est un manipulateur ! Quel cinéaste ne l'est pas ?) et la sincérité. Entre la tendresse et la cruauté. Entre les effets et les ellipses. Tous les personnages ont leur vie propre. Pas folichonne. Mais, au coeur même du désespoir, jamais le désespoir ne l'emporte. C'est que Mike Leigh a une fringale d'êtres humains. Il se gave de visages comme d'autres se ruent sur le chocolat. Et ce n'est évidemment pas un hasard s'il a fait de Maurice un photographe. Dans son studio défilent des pas beaux et des moins laids. Une mariée qui sourit comme si elle avait mal. Un petit garçon qui se cure le nez, le chien d'une vieille dame rieuse, un homme qui ordonne à sa femme de montrer à l'objectif le bijou qu'il lui a offert. En une fraction de seconde, c'est leur vérité que Maurice ¬ et Mike Leigh ¬ surprennent, enfouie sous des tonnes d'habitudes, de lassitude. L'ironie de Secrets et mensonges, c'est que ce soit Hortense, une jeune bourgeoise (mais une bourgeoise black, il est vrai !), qui serve de révélateur aux membres de la seule classe sociale à laquelle Mike Leigh réserve toute son affection : les gens modestes. Hortense serait donc la fée de ce conte moderne. Dont la morale serait : « Et ils passèrent un beau dimanche sans s'engueuler, ce qui n'est déjà pas si mal... » « La vie, c'est ça », dit Cynthia, allongée sur une chaise longue, en compagnie de ses deux filles disparates. En effet, c'est ça, la vie : Cynthia et ses illusions perdues, Cynthia et son espoir intact. Cynthia et ses « sweetheart » qu'il s'agit d'écouter comme des mots d'amour.

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