Jeudi 10 novembre 2011Children of Men

Alfonso Cuarón

Genre : Science-fiction
Durée : 109 min
Sortie : 2006

Distribution

Clive Owen, Julianne Moore, Michael Caine, Claire-Hope Ashitey, Chiwetel Ejiofor, Charlie Hunnam, Peter Mullan,Pam Ferris, Danny Huston, Oana Pellea, Philippa Urquhart, Paul Sharma, Jacek Koman

Résumé

Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Un homme est chargé de sa protection...

Analyse

En 1992, P.D. James publie Les Fils de l’homme, un livre un peu à part dans la bibliographie d’une romancière surtout connue pour ses excellentes histoires policières. Ici, elle se tourne vers une «Science Fiction intelligente» dans le sens où l’histoire se concentre davantage sur la vie intérieure de ses personnages et leur façon de vivre avec ce qui pourrait presque être assimilé à un fléau d’une nouvelle espèce, insidieuse et sournoise, n’épargnant absolument personne. Les changements survenus dans la société sont plus subtils et ne sont au final rien d’autre que l’extension des diverses façons de gouverner d’aujourd’hui... De l'anticipation, donc !
Adaptation cinématographique oblige, il n’était pas possible de tout filmer tel quel, cela aurait nécessité un métrage de plusieurs heures. Alfonso Cuarón ayant décidé de ne pas lire le livre afin de ne pas s’embrouiller les idées, la tâche incombe à son co-scénariste, Tim Sexton, qui prend le parti de se concentrer davantage sur l’action plutôt que sur les nombreux face à face dialogués dans le texte et également de faire quelques changements, en particulier au niveau des personnages. Ainsi, Theo et Julian ont été mariés vingt ans auparavant alors que dans le livre, ils ne se sont jamais rencontrés. Et dans la version littéraire, c’est Julian qui porte l'espoir de l'humanité. Les relations entre Theo et son cousin, le Gouverneur, sont également beaucoup plus mises en avant quoiqu’assez bien résumées dans une courte scène du film.
L’acteur Clive Owen (SIN CITY) s’est beaucoup investi dans cette première partie créative du métrage, bien au-delà de la simple préparation de son personnage. Dans le résultat final, cela s’en ressent grandement. Le beau ténébreux au regard perçant est entièrement crédible dans son rôle d’homme désillusionné et résigné au destin qui voit sa vie chamboulée par l’apparition de son ex-femme. Les deux ont une histoire rendue davantage compliquée par le décès accidentel de leur propre enfant, occasionnant divers ressentiments et sentiments de culpabilité jamais résolus en raison d’une rupture brutale mais inévitable entre deux êtres incapables de se parler. Cette femme est incarnée par Julianne Moore (HANNIBAL), une actrice au charisme certain, évoquant une force intérieure inébranlable même face au pire travers de l’humanité. Et bien qu’ils arrivent à se faire mutuellement confiance, le destin s’en mêle de nouveau, toujours aussi cruel.
Même si Cuarón n’a pas lu le livre, il maîtrise le sujet, ainsi que sa mise en scène, quasiment à la perfection, livrant une vision du futur absolument terrifiante ! Un sentiment de désespoir poignant infuse le métrage dès les premières images, souligné par un paysage terne et ô combien réaliste. En effet, le futur de P.D. James n’est en rien fait de prouesses technologiques ou de beauté visuelle à la BLADE RUNNER – on sent bien que même vingt ans dans le futur, on est toujours fermement ancré chez nous, dans notre quotidien. Et plus les choses changent, plus le risque est grand de voir la population s’accrocher à ce qu’ils connaissent et les réconfortent malgré tout, c’est à dire un passé régi par l’intolérance et la violence. Incapables de trouver de nouvelles façons de bien vivre avec le lot qui leur est imparti, les êtres humains voient surgir ce qu’ils ont de pire en eux, mettant en péril la moindre lueur d’espoir, représentée ici par une jeune fille aux mœurs légères, noire qui plus est. En terme de figure christique (la référence amusante à la vierge marie est évidente) et la seule personne au monde à pouvoir sauver l’humanité, difficile de faire pire aux yeux de ceux dont la mentalité fait du sur-place (ou de faire plus caricatural, dépendant du point de vue). Et pourtant, même du côté de la lie de l’humanité, l’espoir fait vivre...
La première partie du film se concentre sur les personnages et leur développement psychologique, laissant la voie libre à une deuxième partie bien plus centrée sur l’action, notamment au sein d’une zone de rétention aux allures des pires champs de bataille urbaine que le monde ait connu. Toutes les nationalités s’y retrouvent sans pour autant se mélanger ce qui est somme toute compréhensible, mais une question se pose au passage : était-il vraiment nécessaire d’inclure une marche funéraire de musulmans scandant leur allégeance religieuse, fusils en l’air ?
Bien que quelques maladresses n’arrivent jamais à ternir le visionnage d’un film de haut niveau, le lecteur du livre sera déçu de voir certains passages très marquants absents du métrage. Nous parlons ici du fameux Quietus, la solution proposée par le gouvernement pour terminer sa vie en toute quiétude, comme son nom l’indique. Cette méthode est évoquée brièvement dans une publicité en toile de fond puis dans la maison de Jasper, ancien hippie et meilleur ami de Theo (Michael Caine dans un rôle aussi hallucinant que vrai !), dont la femme est devenue pour ainsi dire catatonique. A un moment, il ouvre une boîte comportant l’inscription Quietus mais la suite ne sera que suggérée. Dans la version littéraire, un suicide collectif assisté était le théâtre d’une scène d’action intense et émouvante, approfondissant l’horreur de la chose. Certes, l’euthanasie passive ou active est encore un sujet des plus délicats mais dans le contexte, cela s’inscrit parfaitement dans une société qui n’a plus besoin de ses gens âgés et préfère s’en débarrasser pour éviter d’avoir à s’en occuper (de toute façon, qui le fera puisque tous les jeunes vieilliront sans descendance ?). Cette «solution finale» rejoint pourtant fortement certaines scènes du film où les gens sont envoyés en «camp de transition» ou bien encore enfermés en cage et surveillés par des militaires qui n’hésitent pas à les aligner avant de les exécuter. Si ceci vous rappelle certaines années noires de notre Histoire passée, cela ne peut être fortuit - comme quoi, le pire du futur sera peut-être l’incapacité de l’être humain à s’adapter, évoluer et encore moins tirer des leçons de son passé.

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