Mardi 13 octobre 2009Toto le héros

Jaco Van Dormael

Genre : comédie dramatique
Durée : 91 min
Sortie : 1991

Distribution

Michel Bouquet, Jo De Backer, Thomas Godet, Gisela Uhlen, Mireille Perrier, Pascal Duquenne, Bouli Lanners

Résumé

Le vieux Thomas est convaincu depuis toujours que son berceau a été interverti avec celui de son ancien voisin Alfred Kant, lors d’un incendie à la maternité. Il est dévoré de cauchemars et rêve de tuer celui qu’il considère comme un usurpateur. Thomas revoit son enfance, la mort de son père (qui n’était peut-être pas le sien), son amitié avec Alfred... Il se demande si la vie qu’il a menée était bien celle qui lui était destinée !

Commentaire

La (dé)construction sophistiquée de Toto le héros, avec ses retours en arrière, sa conjugaison du vrai et du faux, ses passages incessants du subjectif à l'objectif, constitue un véritable puzzle, pourtant cohérent et maîtrisé. Au-delà des mérites formels, l'interrogation identitaire, la réflexion sur les forces destructrices de la rancœur ou l'exploration novatrice du point de vue de l'enfance ont manifestement su toucher un large public. Toto le héros n'est pas l'histoire d'un enfant mais celle de toute une vie, comique et tragique, simple et compliquée, racontée et déformée par les souvenirs.
Le réalisateur

Jaco Van Dormael (né le 9 février 1957 à Ixelles) est un cinéaste belge. Après des études de cinéma (prise de vues et réalisation) à l'INSAS (Bruxelles) et Louis-Lumière (Paris), il devient metteur en scène de théâtre pour enfants et clowns. Figure du cinéma belge avec les frères Dardenne, il vit avec la chorégraphe Michèle Anne De Mey et élève ses deux filles, Clarence et Élise. Son frère, Pierre Van Dormael (1952-2008), était un compositeur et guitariste de jazz belge. C’est lui qui réalisa en 1995 Le huitième jour.

Analyse temporelle

Le principe de temporalité dans Toto le héros est assez complexe puisque ce film
ne respecte pas les règles de réalisme qu’on tente d’imposer de façon générale au cinéma.
En effet, le film nous apparaît à prime abord comme de longues séquences de
remémorations d’un vieil homme, Toto, qui rêve d’en tuer un autre, Alfred, qui lui aurait
volé sa vie. Or, la fin du film nous fait réaliser qu’Alfred n’est pas mort au début, mais
que c’est Toto qui est mort à sa place. On ne peut donc plus considérer Toto comme le
narrateur officiel du film, parce qu’il ne pourrait pas en théorie nous parler s’il est mort.
Une analyse plus profonde nous éclairerait davantage par rapport à cela.
Puisqu’il possède des éléments irréalistes et plus ou moins incohérents, que nous
verrons particulièrement par la temporalité des séquences et de la narration, qu’est-ce que
le réalisateur, Jaco van Dormael, avait comme objectif en rendant son film déroutant? Il
est à se demander ce que la temporalité vient soutenir par rapport à l’hypothèse d’une
réflexion sur le souvenir et sur la mort, particulièrement sur ce dernier thème.
Les différentes séquences du film peuvent se classer principalement en trois
blocs : Toto enfant, Toto adulte et Toto âgé. On peut aussi associé quelques séquences au
moment où il était bébé (ex : l’incendie dans l’hôpital) ou simplement plus jeune;
d’autres ne peuvent pas se tracer une place officielle dans la ligne du temps fictionnelle
(les séquences de l’agent secret « Toto le héros »), et d’autres sont situés après sa mort.
Néanmoins, les trois blocs de sa vie permettent de tracer une ligne directrice au film.

Comme nous l’avons constaté, le film va plus loin qu’une représentation de la
réalité : il est impossible dans la réalité qu’une personne parle à des spectateurs après sa
mort. Le film, tout comme ses personnages, est conscient qu’il existe, et qu’il est un
film. Toto enfant et Toto âgé nous disent, à la fin du film, simultanément : « C’est fini. »
Ça permet d’exprimer leur conscience de l’existence du film. On peut dire que l’idée
exprimée est que le film peut être ce qui reste après un décès. Par le fait même, que le
cinéma est un art, un médium, qui permet de préserver certains éléments, même après la
mort : la projection d’un film 8mm le démontre, ainsi que le fait que Toto reste conscient
après sa mort, étant au fond le narrateur.
Ces éléments propres à un cinéma postmoderne passent entre autres par le langage
cinématographique comme élément d’énonciation. En fait, la temporalité du film a
comme objectif d’exprimer un énoncé, qui n’aurait pu être aussi clair sans une notion
temporelle plus complexe qu’un film classique. Le film ne se contente pas d’exprimer
des choses; il les exprime par le biais du langage filmique, montrant ainsi les propriétés
que le cinéma peut passer qui ne peut passer ailleurs.
Jaco Van Dormael semble donc avoir consciemment placé des éléments faisant
référence à la mort à l’intérieur de son film, ainsi qu’une temporalité qui nous permet de
douter de la vraisemblance de son oeuvre, pour nous exprimer ce que le cinéma a comme pouvoir, comme objectif, comme propriété. Il se permet une certaine énonciation sur la
vie après la mort, montrant en réalité que le cinéma permet une certaine permanence aux
éléments. Le langage cinématographique lui permet de se prononcer sur son propre
médium de création.

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