Jeudi 20 octobre 2011Edward aux mains d'argent

Tim Burton

Genre : Fantastique
Durée : 100 min
Sortie : 1990

Distribution

Johnny Depp, Winona Ryder, Dianne Wiest, Anthony Michael Hall, Kathy Baker, Robert Oliveri, Conchata Ferrell, Dick Anthony Williams, O-Lan Jones, Vincent Price, Alan Arkin, Susan Blommaert

Résumé

Edward Scissorhands n'est pas un garcon ordinaire. Création d'un inventeur, il a recu un coeur pour aimer, un cerveau pour comprendre. Mais son concepteur est mort avant d'avoir pu terminer son oeuvre et Edward se retrouve avec des lames de métal et des instruments tranchants en guise de doigts.

Commentaire

Conte de fée en quatre couleurs pastel (vert, bleu, jaune et rose), Edward se déroule dans un monde hostile où l'on assassine avec le sourire.
Edward tient plus de Pinocchio que de la créature de Frankenstein. Il est un assemblage d'éléments articulés plus une "âme". L'Inventeur (Vincent Price) eut l'idée de donner une âme à sa créature le jour où son regard tomba sur biscuit en forme de coeur, tout droit sorti d'une autre machine de son invention. Edward retrouve la pureté optimale du conte grâce à un facteur décisif : l'inachèvement. S'il a des lames de rasoir et des ciseaux en guise de doigts, c'est parce que l'Inventeur est mort avant de l'avoir terminé. Il a eut le temps de lui donner une âme mais pas de mains.
En quittant son "placard" pour descendre à la planète des femmes, Edward devient le chouchou de ces dames qui découvrent en lui le jardinier capable de donner à leurs buissons les formes les plus étranges, de transformer leur toutou ou leur chevelure en sculptures capillaires. Edward semble alors promis au destin de Pinocchio, se confrontant à la société, il lui apporte sa naïveté et en retour il s'assimile au groupe. Trouver des amis est pour lui aussi la valeur idéale (anecdote de la valise pleine d'argent offerte aux amis, affirmation de cette valeur à la télévision).
Mais il y a une menace sous jacente dans l'attitude amicale des habitants de cette banlieue Tupperware. Une menace qui ne tarde pas à exploser. Edward comme sa famille d'accueil vit l'amitié au premier degré, naïvement. Or dès la scène de présentation les représentants du lotissement sont montrés cloîtrés dans leurs obsessions (commérage, nymphomanie, religion). Lorsque celles ci ne sont pas satisfaites l'amitié de surface explose. Joyce ne peut se contenter d'une coupe de cheveux comme ersatz d'acte sexuel, et lorsque Edward se refuse à elle, le drame se noue.
S'opère alors un renversement de situation, la compassion se transforme en haine féroce. Le lotissement semble redécouvrir qu'il est dangereux, que son contact blesse et peut même tuer, que son histoire d'amour avec la fille de Peg est impossible.
Edward est condamné à sublimer. Peg n'aura pas pu maquiller longtemps Edward, homme pur au visage blanc. Edward retourne à la blancheur, taille la glace et crée la neige. Edward découvre alors que quand tout le monde vous aime, personne ne vous aime ; mais quand personne ne vous aime, il y a peut être une chance que quelqu'un vous aime vraiment. Armé de cet amour éternel (il ne vieilli pas) il assumera son rôle de créateur...de neige.
Scène clé : Dans la petite ville proprette où il trouve asile Edward coupe les cheveux de Joyce Monroe. Joyce manoeuvre pour obtenir une satisfaction de plus en plus intime (buisson, chien, cheveux). Sous les couteaux d'Edward, Joyce fond littéralement, vivant "la plus inoubliable expérience de sa vie". Cette scène d'amour est filmée comme une scène de meurtre (couteaux, corrida) et traduit les contradictions croissantes dans lesquelles s'enferme Edward.

Le lieu

Suburbia est le lieu où se déroule l’histoire : petite bourgade paisible (Suburb signifie "banlieue" en anglais); la lumière est matinale. On entend des chiens, des oiseaux qui gazouillent… Les maisons sont toutes du même type, style préfabriqué bien net bien propre aux couleurs pastel… Le voisinage arrose son jardin, retape son toit ou tond la pelouse... Burton accentuera tout au long du film l'aspect « carré » (au propre et au figuré) de toutes ces maisons et de ses habitants : on verra plus tard les maris qui sortent leur voiture du garage, tous ensemble dans un même mouvement, pour aller au travail, etc. Cette ville sort tout droit de l’imagination de Tim Burton. Il essaie d'y représenter de façon caricaturale un certain milieu de la société des années 50-80. Face à cette banlieue, le château mystérieux et fantastique de l’inventeur, semble très repoussant vu de l’extérieur.
Deux images complètement opposées qui vont pourtant se rencontrer : tout au long du film, les rôles du château hanté et de la banlieue harmonieuse sont inversés pour devenir un château harmonieux et une banlieue hantée. Il semble que tout cela soit une critique directe de Burbank (Californie), lieu où a grandi Tim Burton; situé non loin de nombreux studios de cinéma mais où tout était calme et sans intérêt. Il présente une ville du même type dans L'Étrange Noël de Monsieur Jack.
Presque « caché » à l'intérieur, Pegg trouve au pied du château un superbe jardin où toute la végétation est taillée, sculptée avec soin ; représentant des cerfs, un ptérodactyle, d'autres animaux et surtout, au milieu, une grande main ouverte. Elle pénètre dans le château, désert excepté tout un tas de machines poussiéreuses aux rouages démesurés. Le château représente l’isolement et la misère d’Edward, le château est gris, triste, abimé, inachevé, mais il renferme un somptueux jardin. C’est un lieu habité par une âme, celle d’Edward. Le château lui-même représente Edward.

Les débuts d'une bonne équipe

Edward aux mains d'argent est la première collaboration entre Johnny Depp et Tim Burton. L'acteur était connu à l'époque pour son rôle de policier dans la série: 21 Jump Street, quand Burton lui propose la tête d'affiche de son film; s'ensuit une liste de six autres films, dont: Ed Wood, Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête, ou plus récemment Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street.

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