Jeudi 6 octobre 2011After Hours

Martin Scorsese

Genre : Comédie
Durée : 96 min
Sortie : 1985

Distribution

Griffin Dunne, Rosanna Arquette, Verna Bloom, Thomas (Tommy) Chong, Linda Fiorentino, Teri Garr, Cheech Marin, Catherine O'Hara, John Heard, Dick Miller, Will Patton

Résumé

La nuit infernale d'un jeune informaticien, employé de banque et grand admirateur d'Henry Miller, dans le quartier bohème de Soho, à New York...

Analyse

Grand cauchemar de toute une nuit, où Paul, gentil informaticien qui se voudrait héros du roman Tropique du cancer, va faire l'expérience de sa peur de l'inconnu et du sexe pour être refoulé et ramené dans le seul milieu qu'il maitrise, son bureau.
Dans la chambre avec Marcy, Paul croit voir des marques de griffures et s'en va. Il s'agissait en fait d'un tatouage. Celui-ci est néanmoins lié à la mort puisque semblable au crane qui orne le porte-clés de Tom. Dans les WC de celui-ci figure également un graffiti lié à la peur de la castration.
Le point de départ du film fleure bon la romance et le titre promet une ambiance chaleureuse de détente propice aux rencontres (After hours soit après les heures de bureau est aussi le titre d'un standard du jazz de Avery Parish, 1940). Mais Paul Hackett, informaticien, semble être la victime d'un bug dans sa vie jusque là sans surprise, réglée comme un programme informatique (hackett à rapprocher de hacked").
C'est aussi l'opposition entre l'Upper west side et Soho, entre la classe aisée des salariés d'entreprises high-tech et celle des artistes. Paul habite la 91e rue, tout en haut de l'Upper West side et travaille un peu plus bas dans la 48e rue, près de Rockefeller center. Son trajet de départ dans le taxi fou consiste donc à descendre tout Broadway pour atteindre Soho où Marcy Franklin et Kiki Bridges habitent un loft au 28 Howard street. Il estime avoir besoin de trois quarts d'heure, pour s'y rendre. Tom, le barman du "Terminal bar" l'envoie chez lui, au dernier étage du 128 Spring street. Paul est ramené devant l'immeuble de son entreprise via Houston street, 8e avenue, Madison avenue, et finalement 48e rue.
Le quartier de Soho était devenu célèbre durant les années 1960 et les années 1970, alors que les usines abandonnées, installées dans les fameux Iron Buildings, offraient un espace immobilier bon marché pour les artistes. Nombre d'anciens bâtiments industriels furent alors transformés en studios, en lofts. Dans les années 1990, Soho comptait quelque 300 galeries d'art et était célèbre pour ses créations contemporaines (graffitis, happening, photoréalisme, etc.). Suite à cette réappropriation par une nouvelle population, le prix du mètre carré augmenta à nouveau, ce qui entraîna finalement un nouvel exode des artistes vers des lieux plus abordables.

Commentaire

Parler de Martin Scorsese en ne citant qu’un seul film est difficile, voire impossible tant l’œuvre du maître est immense. L'exercice sera tout de même tenté en choisissant un film moins connu que les désormais grands classiques que sont les Affranchis, Taxi Driver, les Nerfs à Vif ou encore Casino. After Hours est un condensé, non exhaustif mais presque, de tous les thèmes obsessionnels que le réalisateur a développé et développe encore au travers de son œuvre. Certains de ces thèmes seront laissés en friche avec le temps. Mais After Hours reste une fenêtre ouverte sur les sensibilités profondes du réalisateur.
Enfermé dans la monotonie de sa vie et aspirant à un avenir différent, à la recherche de sensations un peu plus spontanées et vraies, le personnage de Paul Hackett (Griffin Dunne) cède à la tentation en s’embarquant dans une histoire qui a tout au premier abord d’une passade anodine. Mais il va vite payer le prix de sa faiblesse et de sa perversion en vivant une incroyable descente aux enfers, au carrefour entre l’humour, l’absurdité mais surtout la terreur.
Marcy Franklin (Rosanna Arquette) stigmatise l'attirance irrémédiable vers la nouveauté et le mystère, mais aussi le péché et la tentation. La dimension perverse et interdite des pensées du personnage principal, illustrent le refus secret mais naturel du choix d’un métier et d’une vie routinière comme une fatalité. Scorsese développera cette idée dans une grande partie de son œuvre, jusqu’à l’extrême, en optant de manière quasi-définitive pour l'image du gangster. Voie moins conventionnelle et plus marginale, mais ô combien efficace, de vivre mais aussi et surtout de survivre dans un monde ennuyeux et agressif, concept récurrent de Scorsese terriblement bien illustré par le discours d’introduction du jeune Henry Hill dans les Affranchis(1990).
Le scénario de After Hours nous amène sur un sentier sinueux, accidenté et brumeux, qui donne à la mise en scène des aspects parfois presque lynchiens. Figure de style réussie par Scorsese, qu’il ne reproduira cependant pas au cours de son œuvre au profit de mises en scènes et de scénarios plus directs, mais terriblement efficaces, tout en conservant un style de mise en image propre qui fait toute la différence entre un bon réalisateur et un maître du cinéma moderne.
Dans After Hours on retrouve, de façon très nette et immédiate au travers du personnage de Paul Hackett, l'image du monsieur-tout-le-monde dépourvu de personnalité et d’originalité. Enfermé dans la monotonie de sa vie et aspirant à un avenir différent, il rêve à un accomplissement personnel créatif et valorisant jusqu’à ce que cela devienne obsessionnel. Un peu plus tôt, en 1979, Scorsese déclinera ce thème à l’extrême en transformant Robert de Niro en Rupert Pupkin, comique frustré dans La Valse des Pantins. Le comédien adulé, l’artiste contemporain inspiré, le boxeur star, le mafieux respecté, sont des représentations fortes de cette obsession du réalisateur. On note aussi dans After Hours des références récurrentes dans l’œuvre du metteur en scène, comme cette passion pour la vie nocturne New Yorkaise et ses taxis, ou encore les grands lofts faisant office d’ateliers d’art contemporain (images déjà présentes de manière quasi-symétrique, dans New York Stories en 1989, aux côtés de Coppola et de Woody Allen).
L’attirance irrémédiable vers la facilité et l'interdit pousse systématiquement les personnages de Scorsese à dépasser les limites et leurs limites, et à basculer peu à peu jusqu'à la chute (les Affranchis, Casino, La Valse des Pantins, Taxi Driver…). Colère, Envie, Luxure, Orgueil, pêchés capitaux entraînant la pénitence : références mystiques culturelles redondantes chez le réalisateur italo-américain et catholique, et qu’il se plaît à accompagner de musique lyrique (cf. la chute vers les enfers de Sam Rohstein, illustrée par la Passion selon Saint Matthieu de J.S. Bach, dans l’ouverture de Casino, ou ici l’Aria N°3 de J.S. Bach et le 1er mouvement de la Symphonie en D Majeur de W.A. Mozart). La musique joue déjà un rôle prépondérant et Martin Scorsese arrive à illustrer, compléter, voire même justifier de sa mise en image à travers des choix surprenants et éclectiques, bien que majoritairement centrés autour de la musique classique et du Rock'n Roll (Absents de After Hours, les Rolling Stones restent une référence importante. Il ira jusqu’à leur consacrer un documentaire, Shine a light, en 2008). Sans atteindre la richesse de la bande son de A Tombeau Ouvert (1999), autre chef d'œuvre, la bande son de After Hours complète et accentue le caractère déjà très particulier de l’opus.

Le scénario : la thèse d'un étudiant

Le script de After Hours (alors intitulé Lies) a été écrit par Joseph Minion dans le cadre de sa thèse à l'université de cinéma de Columbia. C'est le réalisateur yougoslave Dusan Makavejev qui l'a ensuite conseillé à Amy Robinson lors du festival du film de Sundance en 1982.

Le film qui relance Martin Scorsese

Après l'échec du tournage de La Dernière tentation du Christ (qu'il a finalement terminé en 1988), Martin Scorsese était déprimé. Selon lui, s'il n'avait pas réussi à faire After Hours à la suite, il aurait arrêté le cinéma.

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