Jeudi 24 février 2011Fight Club

David Fincher

Genre : drame
Durée : 139 min
Sortie : 1999

Distribution

Edward Norton, Brad Pitt, Helena Bonham Carter, Meat Loaf, Zach Grenier, David Andrews, Rachel Singer, Tim De Zarn, Ezra Buzzington, Jared Leto, David Lee Smith

Résumé

Le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas pour une personne comme beaucoup d'autres personnes seules qui connaissent la misère humaine, morale et sexuelle. C'est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin ou il va pouvoir retrouver sa virilité, l'échange et la communication. Ce club est dirigé par Tyler Durden, une sorte d'anarchiste entre gourou et philosophe qui prêche l'amour de son prochain.

Analyse

Le film laisse ouvertes plusieurs possibilités d'interprétation. Il finit sur un twist final. Les commentaires qui suivent peuvent se contredire : Fight Club est une critique acerbe des hommes et des femmes de notre société occidentale. Ils sont décrits par Tyler comme étant des êtres soumis à l'apparence des mannequins des magazines et des publicités, qui selon l'exposé du film, influencent la perception de leur virilité et dégradent leur jugement inné. Tyler considère que vivre dans une société de consommation, de l'accepter puis de devenir acteur ne peut pas mener au bonheur. Selon lui, la seule possibilité valable serait de vivre primitivement, selon les instincts encore présents chez l'Homme, où l'on utiliserait son jugement propre et pas ceux tout fabriqués et donnés par les médias, où l'on vivrait loin de tous ces faux-semblants, dans une liberté absolue inaccessible par la consommation. Bien sûr, il reste encore la perspective d'amour, mais Tyler répond tout simplement : « On est une génération d'hommes élevés par des femmes. Je ne suis pas sûr qu'une autre femme soit la solution à nos problèmes. »

Fight Club est aussi une critique de la manipulation : on a là en effet un homme qui, à lui tout seul, arrive grâce à un discours (et une organisation sans faille), à rallier un nombre incroyable de personnes à sa cause (même des policiers y adhèrent, et où qu'il aille, le narrateur est reconnu et salué).

Le Fight Club en lui-même n'est que le prolongement physique de la « non-virilité » de ses participants. À travers ces combats sanglants, ils retrouvent leur envie de se battre pour ce qu'ils sont, de prendre les choses « à bras le corps » ; ils réapprennent littéralement leur robustesse, leur vigueur ; ils comprennent qu'acheter une télévision 16:9 procure beaucoup moins d'adrénaline et de satisfaction personnelle que de mettre un adversaire au tapis ; ils sortent enfin de leur zone de confort pour se heurter aux choses les plus basiques. Peu à peu, ces hommes se transforment en ce que Tyler lui-même souhaite qu'ils se transforment. Ils redeviennent vifs et redécouvrent la part animale en eux, ils perdent tranquillement leurs désirs maladifs de consommer et Tyler se crée ainsi une « armée » de personnages disciplinés à valeurs simples ; personnes qu'il nomme les « singes de l'espace » (en référence aux singes utilisés comme cobayes pendant la conquête de l'espace).

« Ni loup ni mouton » pourrait être une morale appropriée au film. Outre la dénonciation explicite de l'individu-mouton, le spectateur peut être amené à se révolter face à ces individus-loups, les « Space Monkeys », qui ont aussi peu de personnalité que le type d'individu qu'ils fuient. Donc l'œuvre peut être perçue comme humaniste, personnaliste, et amène à s'interroger sur les doctrines tout de même marginales que sont l'antispécisme et l'anarcho-primitivisme.

Fight Club est ironique au sens où le film critique le système dans lequel il a été produit et dans lequel il puise ses codes. C'est au second degré qu'il faut certainement percevoir Fight Club ; non pas comme la réelle critique qu'il prétend faire, mais comme une blague (Fincher a lui-même qualifié son film de blague, sans oublier par contre que le film est tiré du livre original de Chuck Palahniuk). La dernière image du film (un pénis en image subliminale) en est la parfaite illustration (référence à un passage du film...), même si le film est plus ambigu que le livre sur cette notion de premier/second degré, avec notamment le dénouement « hollywoodien » du film (fin heureuse, présence d'une histoire romantique, etc.), à l'opposé de celui du roman. D'ailleurs cette ironie et ce second degré présentés précédemment se trouvent dans le dédoublement de la personnalité du personnage qui devient victime de lui-même. Comme les discours anticapitalistes qui dépendent de l'existence même du capitalisme, le personnage devient victime de son refus de la réalité au sein de la réalité, telle qu'elle se présente : abrupte.

Certains adolescents américains n'ont pas vu le film sous cet angle, et des informations ont été filtrées concernant des agressions « gratuites » de personnes attendant le bus dans une rue d'une ville du Nevada, pour faire comme dans le film, devenu culte chez ceux-ci. On constate donc une même influence pour ce film, qu’Orange mécanique, en son temps, au Royaume-Uni, film auquel Fight Club fait référence par la composition de certains plans (l'agression du notable dans les toilettes de l'hôtel).

Avant même le début du film, quand on lance le DVD, on a droit à l'habituel « L'œuvre fixée sur ce support est soumis à copyright… », et quelques instants après ce message, un autre texte du même genre apparaît, mais cette fois, il est signé Tyler Durden. Voici ce texte : « Si vous lisez ceci alors cet avertissement est pour vous, chaque mot que vous lisez de ce texte inutile est une autre seconde perdue de votre vie. Vous n'avez rien d'autre à faire ? Votre vie est-elle si vide, honnêtement, que vous ne puissiez penser à une meilleure manière de passer ces moments ? Ou êtes-vous si impressionnés par l'autorité que vous donnez votre respect et vouez votre foi à tous ceux qui s'en réclament ? Lisez-vous tout ce que vous êtes supposé lire ? Pensez-vous tous ce que vous êtes supposés penser ? Achetez-vous ce qu'on vous a dit d’acheter ? Sortez de votre appartement. Allez à la rencontre du sexe opposé. Arrêtez le shopping excessif et la masturbation. Quittez votre travail commencez à vous battre. Prouvez que vous êtes en vie. Si vous ne revendiquez pas votre humanité vous deviendrez une statistique. Vous aurez été prévenu… Tyler.""

Tyler prône l'autodestruction et l'abandon d'espoir (mais pas le suicide). Tyler explique que seule une soudaine anarchie, et l'anéantissement du mode de vie existant pourrait nous sauver. Il explique que la vie ne sert à rien et que le paradis n'existe pas vraiment : si une personne meurt, après avoir eu une vie moyenne, elle ira au paradis. Mais sur Terre, elle ne laissera aucune trace. Tyler préconise donc que si l'on doit mourir, autant marquer l'Histoire, et choisir l'Enfer. « On a tous le pouvoir de changer le monde. » Cette vision du monde s'approche de l'anarchisme des punks, qui considèrent que la société actuelle est trop corrompue et doit être détruite, et souhaitent trouver une place dans ce qui sortira des cendres.

Ajouter un commentaireCommentaires

noah
Jeudi 23 juin
Devant ce texte, je suis l’indifférence totale de jack ...

Ajouter un commentaire