Jeudi 17 février 2011La Nuit du Chasseur

Charles Laughton

Genre : drame
Durée : 93 min
Sortie : 1955

Distribution

Robert Mitchum, Shelley Winters, Lillian Gish, Billy Chapin, Sally Jane Bruce, James Gleason, Peter Graves

Résumé

Un prêcheur inquiétant poursuit dans l'Amérique rurale deux enfants dont le père vient d'être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix milles dollars, dont ils doivent révéler l'existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes.

Analyse

Réalisé en 1955, La Nuit du chasseur fut le seul film de l’acteur anglais Charles Laughton. Échec commercial, peu commenté par les critiques de l’époque, ce premier film fit peu à peu parler de lui au fil des années pour finalement devenir ce qu’il est aujourd’hui : un chef d’œuvre incontournable et bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous son apparente féerie, ce conte adapté du roman de Davis Grubb est d’une noirceur rarement égalée.

Filmé du point de vue du petit John Harper, La Nuit du chasseur est une œuvre forte sur la fin de cette innocence qui caractérise - souvent à tort selon Freud - les années de l’enfance. John, même pas dix ans, est contraint par les événements d’agir en adulte car ces mêmes adultes qui peuplent l’univers de Laughton sont totalement défaillants, voire démoniaques. Bien sûr, plusieurs lectures du film sont possibles et c’est ce qui fait généralement la force des films de l’Âge d’or d’Hollywood où la censure exerçait une pression à ce point importante, que les réalisateurs devaient user de stratagèmes ingénieux pour évoquer un sujet alors considéré comme tabou. Car dans La Nuit du chasseur, l’argent revêt surtout une symbolique sexuelle complexe qui lie fatalement l’enfant à la figure du père. Le traumatisme et le cauchemar des enfants Harper, c’est avant tout l’ombre du pédophile, du violeur (le révérend Harry Powell) qui menace continuellement de tuer leur innocence d’un coup de phallus tranchant. La morbidité à laquelle sont violemment exposés les enfants - première scène traumatique du film - est parfaitement illustrée dans l’une des premières scènes du film commentées par Lillian Gish où l’on voit un jeune groupe jouer à cache-cache et finalement découvrir le corps inerte d’une jeune femme.

Le père défaillant

Dès la première scène consacrée à la famille Harper, la figure paternelle est aussitôt mise à mal. Alors que la police le pourchasse parce qu’un braquage s’est soldé par la mort de plusieurs personnes, Ben Harper décide de confier à ses enfants le butin volé. D’abord séparé d’eux par un champ/contrechamp, il bascule brusquement en hors-champ pour rejoindre Pearl et sa poupée, dans laquelle il décide d’introduire l’argent sale. Pour le spectateur, il est impossible de considérer l’ampleur de l’acte commis en dehors du champ. Mais en revenant vers John, le père lui fait tenir la promesse de ne rien dire de leur secret, pas même à sa mère, laissant libre cours à d’autres interprétations sur la nature du lien qui les lie. Cet argent que l’on fait fructifier, et que l’on peut aisément rapprocher à la pulsion sexuelle, à la semence masculine, est donc introduit dans l’intimité des deux enfants. Mais cette transgression incestueuse est aussitôt réprimée par la loi. Arrivée peu de temps après, la police plaque l’homme criminel à terre sous les yeux de ses enfants. Lors de cette scène traumatique, le petit John se tient le ventre de douleur car pour lui commence le terrible parcours d’un secret honteux tandis qu’arrive la mère, ignorant tout de ce qui vient de se passer avant que la police n’arrive. En gardant le silence, le jeune garçon s’expose à la répétition de cette menace incestueuse qu’incarne Harry Powell dès les premières scènes du film. Le secret de la famille Harper (dont est exclue la mère) est dévoilé par le père lui-même en prison. Pendant son sommeil, il donne les informations nécessaires pour que Harry Powell, son compagnon de cellule, s’immisce à nouveau dans l’intimité des enfants. Le père biologique, condamné à la potence, sera remplacé par un père de substitution : le passage relais entre les deux personnages masculins s’effectue dans une cellule de prison, lieu de la concrétisation de la faute. Le père biologique rend possible la vulnérabilité des enfants en dévoilant à demi-mot son secret.

La mère réparatrice

Rachel Cooper, la vieille femme, est le seul adulte responsable et lucide dans La Nuit du chasseur. À la fois père, mère, grand-mère, bienfaitrice, elle accueille les enfants abandonnés à leur sort pour les aider à survivre durant la période de la Dépression. Dès qu’elle découvre Pearl et John, endormis dans la barque, l’un de ses premiers automatismes est de les laver. Cette scène a bien sûr une portée purificatrice pour ces deux enfants qui ont subi les attaques incessantes d’un révérend lubrique. Mais l’homme en cause rôde et parvient à séduire Ruby, l’une des jeunes filles hébergées avec John et Pearl. Ruby, en pleine découverte de sa sensualité adolescente, se laisse séduire par Powell, qui n’a qu’une idée en tête : retrouver les deux enfants et surtout la poupée. Il se présente à Rachel Cooper comme le père de ces enfants, ce à quoi John répond par la négative. Sommé de partir, le révérend sort son couteau pour attraper le jeune garçon qui lui échappe encore une fois. Mais cette nouvelle tentative de viol se fait devant témoin et la vieille femme n’hésite pas à s’emparer d’un fusil (autre symbole phallique face auquel le couteau ne fait pas le poids) et l’oblige à déserter les lieux. Reclus dans leur maison, la femme et les enfants montent la garde contre le révérend. Finalement arrêté par la police, Harry Powell est plaqué au sol devant John faisant écho à la scène traumatique du début du film où le terrible secret naissait. Secoué, le jeune garçon se jette sur l’homme à terre, le frappe de la poupée, libérant tous les billets qui étaient la source de sa honte. Il adresse à son beau-père les reproches qu’il aurait souhaité faire à son vrai père. Alors que l’avarice se rapproche de la rétention anale (en tant que refus face à la Mère), la générosité de John - lorsqu’il offre une pomme à sa mère de substitution - se rapproche de l’expulsion (le secret enfin sorti de lui-même, de son ventre) en tant que cadeau, don à la mère. À la fin du film, la femme interprétée par Lillian Gish répète : « ils (les enfants) supportent et résistent ». Cette phrase sonne comme la morale de ce conte immoral. En recevant une montre en cadeau de Noël, le petit John voit désormais le temps reprendre son chemin habituel et peut désormais aspirer à une vie normale.

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inconnu
Dimanche 27 mars
jaime bien ce film mais pas pour autant car il fait peur et en plus jaime pas les films en noir et blanc

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