Jeudi 16 décembre 2010Virgin Suicides

Sofia Coppola

Genre : drame
Durée : 97 min
Sortie : 1999

Distribution

James Woods, Kathleen Turner, Kirsten Dunst, Josh Hartnett, Michael Paré, Scott Glenn, Danny DeVito, Andrea Joy Cook, Hanna R. Hall, Leslie Hayman, Chelse Swain, Jonathan Tucker

Synopsis

Dans une ville américaine tranquille et puritaine des années septante, Cecilia Lisbon, treize ans, tente de se suicider. Elle a quatre soeurs, de jolies adolescentes. Cet incident éclaire d'un jour nouveau le mode de vie de toute la famille. L'histoire, relatée par l'intermédiare de la vision des garçons du voisinage, obsédés par ces soeurs mystérieuses, dépeint avec cynisme la vie adolescente. Petit à petit, la famille se referme et les filles reçoivent rapidement l'interdiction de sortir. Alors que la situation s'enlise, les garçons envisagent de secourir les filles.

Adaptation

« Virgin Suicides » est l'adaptation du roman homonyme de Jeffrey Eugenides paru en 1995. Son avis : « De toutes les adaptations, celle de Sofia était la mieux construite. Je pense qu'elle est plus intriguée par l'histoire des filles proprement dite que par le point de vue des garçons, ce qui donne ainsi des nuances différentes à l'histoire. En écrivant le roman, j'étais davantage concerné par les filles et Sofia l'a très bien compris. »

Analyse

Enlacées les unes aux autres, aussi blanches qu’un trait de lumière, les sœurs Lisbon ne forment qu’une seule et même "masse éblouissante comme une congrégation d’anges". Jeffrey Eugenides leur donne la carnation pâle d’une "créature mythique à dix jambes et cinq têtes". Frimousse espiègle, blondeur surnaturelle: elles exhalent un arôme piquant qui émeut une cohorte de mâles fascinée par tant de "féminité théâtrale". A la vision du film, il ne fait pourtant aucun doute que Sofia Coppola a fait siennes la désolation des sœurs pétrifiées et la tristesse confuse des survivants. La voix traînante du narrateur égrène les prénoms des demoiselles comme une litanie, mais les corps et les cœurs cadenassés semblent interchangeables. Veillée funèbre dont on aurait gommé les barbelés disgracieux, Virgin Suicides se veut un chant d’amour à cette innocence pervertie. La virginité en question est moins celle des sœurs Lisbon que celle de leurs prétendants, étrangers jusqu’alors à ces éruptions de sensualité.


C’est l’histoire de Paul Baldino qui a longé les égouts jusqu’au sous-sol des Lisbon, de Dominic Palazzolo qui s’est jeté du toit de ses parents pour l’amour de Diana Porter. C’est peut-être aussi celle de Peter Sissen qui a foulé le sanctuaire des rêveuses absentes, de Trip Fontaine le Don Juan aux pantalons fuselés, de Parkie Denton et sa cadillac, de Joe Hill Conley le premier de la classe, et de tous ces oiseaux de nuit qui ont étreint Lux Lisbon, sans soupçonner le désarroi qui la minait. Virgin Suicides impose une distance irréductible entre ces ingénues séquestrées et leurs soupirants accoudés aux fenêtres. D’une sexualité contrariée à une vie sociale inexistante, le malentendu perdure. Réunies autour de quelques verres de punch (la première et dernière fête organisée par Madame Lisbon), les deux parties se jaugent, échangent des sourires chastes. Trip ne comprendra jamais Lux, ni pourquoi il l’a abonné sur la pelouse détrempée du stade. La cause des suicides ne sera jamais élucidée. Jeffrey Eugenides et Sofia Coppola n’y attachent aucune importance. Le premier saut dans le vide, celui de Cecilia empalée sur la grille du jardin, ostracise les sœurs restantes. Les regards posés sur elles ne sont déjà plus les mêmes.


Les doigts fébriles, les collégiens tournent une à une les pages du journal intime de Cecilia, en étudient les vers, les menus déclinés sans passion, les barbouillages au feutre et les exposés sur le déboisement des ormes. Les "pièces à conviction", fanfreluches ayant appartenu aux filles Lisbon, échantillons d’odeurs et autres trésors occultes, s’amoncellent dans leur chambre et leur donnent accès au royaume des créatures inconsolables, recluses dans leur citadelle. Les enquêteurs adultes et bedonnants du roman recueillaient méthodiquement les témoignages, les rapports médicaux, les archives de la presse et les supputations du voisinage. Chez Sofia Coppola, la mémoire nébuleuse des narrateurs va de pair avec les digressions oniriques. Les "Magic Markers" et "les anges soufflés comme du bubble-gum" éclosent dès le générique, comme si les dessins et l’imaginaire mutins des Lisbon continuaient de mordre sur les lieux désertés. Therese chuchote à l’oreille de son cavalier: "On veut juste vivre. Si on veut bien nous laisser". Mais entre "elles" et "nous" (ces garçons pleurant à l’unisson la fin d’une époque) s’agite un monstre plus insidieux: la mère castratrice, le père vulnérable, l’environnement importun, le corps professoral et les media auscultant cette rage adolescente. Lux gémit: "J’étouffe ici". Madame Lisbon s’impatiente: "Aucune de mes filles n’a jamais manqué d’amour. Il y avait tout l’amour qu’il fallait à la maison." De la sécurité plus qu’il n’en faut et de l’air confiné, s’étiolant au fil des saisons.


La forteresse des Lisbon s’écroule inexorablement sur ses occupants. Les visages s’enfouissent sous des rideaux cramoisis. Le cordon sanitaire imposé par les parents, la prison hygiénique des filles (qui trouvent souvent refuge dans les toilettes, sans se parler) déclenchent le processus inverse. Au lieu d’une bulle salutaire, le boudoir se transforme en marécage. Le bal des débutantes auquel assistent les garçons amorce le véritable déclin des sœurs Lisbon. La pollution riveraine inspire ironiquement le thème de la soirée, "l’Asphyxie". Des robes immaculées se mêlent aux masques à gaz. Les ballons multicolores et les étoiles scintillantes de la soirée de fin d’année se noient désormais dans un vert saumâtre et disparaissent dans une valse délétère. Les filles vomissent et les pochards se jettent dans la piscine. De Virgin Suicides et des somptueux collages de Sofia Coppola, survit pourtant l’image radieuse de silhouettes inondées de lumière, de bras ondulant comme des serpentins, de broderies florales et d’étincelles magiques. Un été sans fin… La culotte imprimée de Lux, le chewing-gum à la pastèque, la liqueur de pêche, les standards diffusés en boucle fétichisent ce microcosme de l’adolescence. Epiées au télescope, les vierges suicidées révèlent à leurs correspondants immatures le vrai secret qui les unissait: "A la fin, leur âge, ou le fait qu’elles soient des filles, n’importait pas, mais seulement que nous les avions aimées, et qu’elles ne nous avaient pas entendus les appeler".

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Prout <3
Samedi 5 janvier
Vréman sé tro génia-le-le
merkii les jans

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