Mardi 29 septembre 2009No man's land

Danis Tanovic

Genre : comédie dramatique
Durée : 98 min
Sortie : 2001

Distribution

Branko Djuric, Rene Bitorajac, Filip Sovagovic, Simon Callow, Katrin Cartlidge

Résumé

1993, au coeur de la guerre de Bosnie. Deux soldats bosniaques, Ciki et Cera, et un serbe, Nino, se retrouvent coincés dans une tranchée entre les lignes de front ennemies, un "no man’s land". L’un des Bosniaques, blessé, est étendu sur une mine et ne doit sa survie qu’à son immobilisme.

Seule manière de sortir de ce problème inextricable : alerter la Forpronu. Contre les ordres de ses supérieurs, un Casque Bleu français s’organise pour les aider et informe de la situation une journaliste américaine qui va déclencher un raz-de-marée médiatique...

Analyse

Ce film est excellent à de nombreux égards. Tout d'abord il représente, par le biais des principaux personnages, toutes les forces en présence lors de ce conflit. Le soldat bosniaque représente l'armée bosniaque, le soldat serbe représente l'armée serbe, les Casques bleus représentent l'ONU, et la journaliste américaine représente la presse internationale. Car le rôle de la presse fut très important dans cette guerre, tout autant sinon plus que celui de l'ONU, dont l'action fut désastreuse à tous les niveaux. En quelque sorte, ce film est un condensé et un résumé de la guerre en Bosnie.

En effet, malgré une intrigue lourde et inquiétante, l'humour reste omniprésent. Danis Tanovic expliquera que c'est l'humour qui permet au spectateur de souffler un peu, et de rester concentré sur l'histoire. Notons la réflexion du soldat bosniaque de garde, qui s'écrie en lisant le journal : "Hou la ! ça barde au Rwanda !" :)

Ce film prend clairement position. Pas en faveur des Bosniaques, comme on aurait pu s'y attendre de la part d'un réalisateur bosniaque, ni en faveur des Serbes. Mais il prend position contre l'ONU. Plus précisément, c'est une attaque ouverte au commandement de la FORPRONU, dont la plupart des chefs n'a rien montré d'autre, pendant ces années de guerre, que son incompétence et son inutilité.

Le réalisateur parvient à montrer la réalité avec une grande justesse, et à montrer l'horreur de la guerre, sans pour autant tomber dans la critique facile ni dans le voyeurisme. Par exemple, il critique clairement les chefs de l'ONU, mais pas les simples Casques bleus qui risquaient leur vie sur le terrain. C'est très respectueux de sa part. Le fait que le film ne prenne pas parti en faveur des Bosniaques ni des Serbes est également une très bonne chose, ça lui donne beaucoup de crédibilité. Enfin, bien que l'intrigue soit assez complexe, il n'y a aucun effort à fournir pour la comprendre, grâce à un enchaînement des faits tout naturel.

Un peu d’histoire

La guerre de Bosnie-Herzégovine (souvent appelé Guerre de Bosnie par abus de langage) est une guerre entre les peuples Serbes, Croates et Bosniaques ayant eu lieu sur le territoire de la Bosnie-Herzégovine et ayant impliqué principalement la Yougoslavie (RFS Yougoslavie puis RF Yougoslavie), la Serbie, la Croatie et les différentes entité de l'actuelle Bosnie Herzégovine. Elle débuta le 6 avril 1992 lorsque l'armée populaire yougoslave, attaqua la Bosnie-Herzégovine qui venait de déclarer son indépendance le 1er mars. La guerre s'est achevée par les Accords de Dayton le 14 décembre 1995.

Le siège de Sarajevo est le plus long siège de l'histoire de la guerre moderne. Il a duré du 5 avril 1992 jusqu'au 29 février 1996 et a opposé les forces de Bosnie-Herzégovine (qui avait déclaré son indépendance de la Yougoslavie) et les paramilitaires Serbes (qui voulaient rester attaché à la Yougoslavie). D'après les estimations, 12 000 personnes furent tuées et 50 000 blessées pendant le siège. Les rapports indiquent une moyenne d'environ 329 impacts d'obus par jour pendant le siège, avec un record de 3777 impacts d'obus pour le 22 juillet 1993. Les tirs d'obus ont gravement endommagé les structures de la ville, y compris des bâtiments civils et culturels.

Mot du réalisateur

" Je me souviens de ce sentiment étrange quand la guerre de Bosnie a éclaté et que l'on pouvait voir tous les trous noirs causés par les balles sur les parois des immeubles, ou bien les cratères d'obus dans les champs. Imaginez que l'on appose une photographie en noir et blanc sur un tableau de Van Gogh et vous comprendrez ce qu'on peut ressentir devant une telle vision. Toute cette harmonie brisée a été un choc visuel très fort pour moi. Je me suis senti impuissant et amer. J'ai essayé de reproduire la puissance de ce choc dans mon film. D'un côté une longue journée ensoleillée d'été ? la nature harmonieuse, des couleurs vives ? et de l'autre des êtres humains perdus dans toute la noirceur de la folie. J'ai voulu que l'atmosphère de cette journée estivale reflète l'atmosphère du film en soi : les mouvements sont alourdis, les pensées insaisissables, le temps ralenti et la tension latente. Latente, mais bien réelle. Et quand elle finit par exploser, c'est comme un feu d'artifices : c'est un phénomène soudain, brutal et extrêmement rapide. "

Langue

La langue parlée dans le film par les protagonistes serbes, croates et bosniaques est en fait la même. Aujourd’hui, les Serbes l’appellent le serbe, les Bosniaques le bosniaque, et les Croates le croate. Le fait est que quand ils se parlent, ils se comprennent parfaitement.

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Ophélie
Dimanche 4 mars
Je trouve cette critique très intéressante mais ne parle pas assez du film, de l'histoire en elle-même.

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