Jeudi 28 octobre 2010Requiem for a Dream

Darren Aronofsky

Genre : drame
Durée : 97 min
Sortie : 2000

Distribution

Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly, Marlon Wayans, Christopher McDonald, Louise Lasser, Marcia Jean Kurtz, Janet Sarno, Suzanne Shepherd, Joanne Gordon, Charlotte Aronofsky

Synopsis

Harry Goldfarb est un junkie. Il passe ses journées en compagnie de sa petite amie Marion et son copain Tyrone. Ensemble, ils s'inventent un paradis artificiel. En quête d'une vie meilleure, le trio est entraîné dans une spirale infernale qui les enfonce toujours un peu plus dans l'angoisse et le désespoir. La mère d'Harry, Sara, souffre d'une autre forme d'addiction, la télévision. Juive, fantasque et veuve depuis des années, elle vit seule à Coney Island et nourrit dans le secret l'espoir de participer un jour à son émission préférée. Afin de satisfaire aux canons esthétiques de la télévision, elle s'astreint à un régime draconien. Un jour, elle le sait, elle passera de l'autre côté de l'écran.

Espoir et dépendance

Requiem for a dream est-il une chronique du rêve comme échappatoire (destructeur) à la réalité ?
Qu'il s'agisse de Sarah, veuve, délaissée par son fils, ou de son fils justement, Harry et sa petite-amie Marianne, chacun semble enfermé dans une vie sordide que seul un élément extérieur pourrait rendre à l'espoir. En attendant, il y a le rêve. Pour la première, c'est la télévision, pour les autres, la drogue. Et puis l'espoir se pointe.

Sarah croit trouver un but à sa vie dans une participation prochaine à son émission télévisée favorite et un régime alimentaire à base de cachets de couleur. C'est pour elle la chance enfin de se sentir exister, pour elle-même d'abord, et également aux yeux de ses voisines qui la regardent d'un autre œil (elle va passer à la télévision) et lui attribuent même la place centrale pour prendre un bain de soleil devant son immeuble. C'est une sorte de consécration en somme, cette reconnaissance tardive après l'indifférence, l'insupportable solitude de son veuvage.

Harry, sa petite amie et son meilleur ami Ty, eux, se droguent, vivant entre rêve et hallucination au rythme des injections de plus en plus fréquentes. L'espoir du trio prend la forme de la poudre blanche dont le commerce leur assurerait des lendemains qui chantent.
Mais les lendemains n'ont pas envie de chanter.

Mise en scène

Aronofsky met en branle un véritable univers sensitif et émotionnel. La musique d'abord, est à la fois douce, mélodieuse et à la fois oppressante, nous maintenant dans un état de malaise permanent. Le drame est latent, et plus il se précise plus on le redoute, plus nous sommes physiquement touchés, concernés, hallucinés… La mise en condition opérée par ailleurs est également hallucinante. Le réalisateur joue à merveille sur le phénomène empathique. Sarah éveillerait la compassion du plus inhumain des spectateurs : elle est veuve, désespérément seule, adore son fils qui la tourmente, et est de plus naturellement attachante. Quant à Harry, sa relation avec Marianne, son amitié avec Ty ne peuvent que rendre ces personnages de "paumés" sympathiques à nos yeux. Particulièrement sympathiques, même : ils sont profondément humains.

Le malaise est un élément clef de la "participation" du spectateur à la réalité du film. Aronofsky joue sur les effets de mise en scène pour accentuer un malaise qui ne peut qu'exister.
La répétition de scènes identiques (symbole de la dépendance) a l'effet d'un marteau sur nos têtes : les scènes de télévision par exemple. Comment ne pas s'abrutir à force de regarder des shows spécialisés dans le bourrage de crâne ? Le passage des saisons, les "effets de bocal" (dans le cabinet du médecin notamment), les cris du frigo de Sarah, les schémas répétés des injections de drogue sont insupportables et renforcent la brutalité générale des images, la sensation de cauchemar intérieur vécu par les protagonistes.

Requiem for a dream est une chronique acide, ultra-pessimiste, noire, violente de notre besoin d'exister, des multiples dépendances auxquelles nous sommes susceptibles de succomber, de l'autodestruction à laquelle nous nous vouons alors. Il n'y a dans le film aucune issue, aucune perspective positive, aucun espoir. Télévision, drogues dures, cachets, alcool, cinéma… Dépendances.

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