Jeudi 30 septembre 2010Un Prophète

Jacques Audiard

Durée : 149 min
Sortie : 2009

Distribution

Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif, Hichem Yacoubi, Reda Kateb, Jean-Philippe Ricci, Pierre Leccia, Gilles Cohen, Antoine Basler, Leïla Bekhti, Foued Nassah

Synopsis

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des " missions ", il s'endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...

Un inconnu

Après avoir dirigé des pointures comme Mathieu Kassovitz, Vincent Cassel ou Romain Duris, le réalisateur Jacques Audiard avait envie de faire tourner des inconnus, raison en partie pour laquelle il confia le rôle-titre du film à Tahar Rahim. Cette idée allait de pair avec "la conscience que le cinéma a une inscription sociale forte". "Et que s'il ne parle pas du monde tel qu'il est, s'il ne capte pas le monde qui défile, je ne sais pas à quoi il sert, poursuit le cinéaste. Quand je dis ça, ce n'est pas polémique, c'est juste que mon truc est d'inscrire de la fiction dans ce qui semblerait être de la réalité. Je pense qu'aujourd'hui, en France, le cinéma est incroyablement réducteur de ce point de vue là. Je ne sais pas de quelle réalité le cinéma français parle. Pour ma part, si je dois me concentrer sur mes proches et mes semblables, on va vite faire le tour. Encore une fois, je parle juste de ma boutique, les autres font exactement ce qu'ils veulent. Donc oui, le projet du film était de décloisonner autant le casting que de prendre en compte le fait que le monde change et que les figures héroïques doivent évoluer. A mon sens, il y a de nouvelles mythologies à bâtir sur de nouveaux visages et de nouveaux parcours."

L’ascension

En plus de deux heures trente Audiard fait la démonstration qu'en prison, un jeune qui en a et qui fait preuve d'intelligence (capacité à discerner et s'adapter) peut de petite frappe, devenir un grand truand. La démonstration est vraisemblable et les scènes d'action haletantes. Audiard utilise à fond la capacité du film de prison à rendre plus rapides, limpides et directes les interactions entre les personnages. La corruption des gardiens du temps de la splendeur des corses explique qu'il n'y ait pas d'enquête poussée après l'assassinat de Reyeb, la promiscuité des truands, ici du gitan, permet la mise en place de tous les trafics, le fait que les truands aient tous une grande famille qui à moment ou un autre passe en prison permet de trouver le moyen d'intimider l'Egyptien. En observant, Malik se place toujours du côté du plus fort ce qui lui permet d'abandonner le plus faible dont il s'est servi.

Analyse

Un prophète tient du noir lumineux, du fantastique anxiogène, du thriller paranoïaque, du drame introspectif et du miroir social. Sur presque deux heures trente, l’ambition paraît trop gourmande. Pourtant, Jacques Audiard, en pleine possession de ses moyens, décomplexé comme jamais, réussit tout ce qu’il entreprend avec une maestria hallucinante. Le plus surprenant, c’est qu’il excelle dans les audaces, là où d’autres se seraient lamentablement vautrés. Le résultat est d’une puissance visuelle si inouïe et d’une densité narrative si exceptionnelle qu’il gagne à être vu à répétition. Au départ, Malik (l’inconnu Tahar Rahim, une authentique révélation) vient d’entrer en prison pour y purger une peine de six ans. La plongée réaliste dans un univers carcéral oppressant évoque les cercles d’un enfer sur terre où il faut survivre à n’importe quel prix. La différence, c’est le personnage principal qui apprend à devenir plus malin que les autres en simulant l’angélisme pour tromper son entourage. Le lieu qui sert de métaphore des rapports de pouvoirs entre les hommes est divisé en plusieurs clans obéissant à des lois immuables avec des règles et des comportements. La mafia corse, au centré du récit, y est symbolisée par un vétéran à la fois suave et effrayant. Malik devient son fils spirituel, hanté par les visions cauchemardesques d’un homme qu’il a dû tuer pour s’imposer, après avoir planqué une lame de rasoir dans sa bouche. C’est à partir de cet instant que la victime devient une incarnation de la culpabilité. Les séquences oniriques proche de l’abstraction poétique n’apaisent pas le quotidien mais le rendent encore plus invivable. On peut y voir une manière de détourner les codes du film de prison en rendant une conscience morale et une sensibilité à celui que l’on essaye de dominer et dont on cherche à annihiler l’identité.

Les récompenses

Le film, plébiscité par le public et la critique est récompensé par neuf Césars en 2010 dont Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, Meilleur Acteur, Meilleur Acteur dans un second Rôle, Meilleur Espoir Masculin, Meilleur Scénario Original, Meilleure Photographie, Meilleure Décors et enfin Meilleur montage. A noter que le jeune Tahar Rahim réalise un doublet historique en étant sacré à la fois meilleur espoir et meilleur acteur lors de cette 35ème cérémonie et que la performance de Niels Arestrup, une deuxième fois sous la direction de Jacques Audiard (qui l'avait déjà dirigé dans De battre, mon coeur s'est arrêté), est de nouveau saluée par l'Académie des Césars. Un Prophète représente également la France pour l'Oscar du Meilleur Film Etranger. Un Prophète a aussi remporté le Grand Prix du 62ème Festival de Cannes dont le Jury était présidé par Isabelle Huppert.

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