Mercredi 5 mai 2010Orange Mécanique

Stanley Kubrick

Genre : science-fiction, anticipation
Durée : 136 min
Sortie : 1971

Distribution

Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke, John Clive, Adrienne Corri, Carl Duering, Paul Farrell, Philip Stone, Anthony Sharp

Résumé

Au XXIème siècle, où règnent la violence et le sexe, Alex, jeune chef de bande, exerce avec sadisme une terreur aveugle. Après son emprisonnement, des psychanalystes l'emploient comme cobaye dans des expériences destinées à juguler la criminalité...

Analyse

Orange Mécanique parle des tentatives pour limiter le choix de l'homme entre le bien et le mal. Une interprétation très intéressante en a été faite par Aaron Stern, président de la Motion Picture Association qui est aussi psychiatre. Selon lui, Alex, au début du film représente l'homme dans son état naturel. Lorsqu'on le "soigne" cela correspond psychologiquement au processus de la civilisation. La maladie qui s'ensuit est la névrose même de la civilisation qui est imposée à l'individu. Enfin la libération que ressent le public à la fin correspond à sa propre rupture avec la civilisation. Tout cela bien sûr opère à un niveau inconscient. Ce n'est pas ce que le film dit littéralement, mais cela fait partie de ces choses qui provoquent l'identification du spectateur avec Alex. Le film joue sur deux niveaux. De la même façon que le contenu littéral d'un rêve n'est pas le sujet profond du rêve, de la même façon, le contenu littéral d'un film ne représente pas nécessairement ce à quoi vous réagissez dans le film. Au niveau conscient, Orange mécanique traite de l'immoralité qu'il y a à priver un homme de sa faculté de choisir librement entre le bien et le mal, même si cela est fait dans l'intention d'améliorer la société - disons pour réduire la vague de criminalité. D'autre part, il fait la satire de la tentative du gouvernement pour introduire des comportements psychologiques afin de restaurer l'ordre et la loi. Tout cela est relié à la volonté d'organiser scientifiquement la société. Le prêtre représente le point de vue moral du film. Vous devez faire très attention dans une satire, si l'un des personnages exprime ce que vous voulez dire. Il ne faut pas qu'on le reconnaisse comme quelqu'un de trop admirable.
La conclusion montre l'alliance entre le voyou et les autorités. Le gouvernement utilise désormais la violence des pires membres de la société pour ses propres fins : l'alliance avec Dim et Georgie qui sont devenus des policiers et bien sûr avec Alex. On doit voir la dernière scène dans son contexte satirique. "J'étais bel et bien guéri" ressemble ici au cri du Dr Folamour : "Mein Führer, je marche !" Et l'image d'Alex comme l'enfant nourri à la cuillère de cette société totalitaire et complètement corrompue fournit un comique au premier niveau et un excellent symbole.
Se référant à Cocteau, Kubrick apprécie l'art moderne quand il arrive à étonner et non lorsqu'il est un simple décor bourgeois. Par ailleurs il ne peut que constater "l'échec de la culture dans le domaine moral". Les nazis écoutaient Beethoven. Certains d'entre eux étaient des gens très cultivés. Cela n'a changé en rien leur comportement moral".
Les trois premières séquences utilisent un travelling arrière qui part d'un gros plan et qui lentement découvre le décor. La scène avec les deux filles est filmée en accéléré pour montrer une rencontre sexuelle banale sans passion physique ni amour, la plupart des scènes d'action sont filmées caméra à la main (Georgie et Dim conduisant Alex dans le bois pour le rosser, la lutte avec la femme aux chats). L'essentiel du film est tourné en décor naturel sauf le Korova Milk bar, l'entrée de la salle de bain chez les Alexander et le vestiaire de la prison, construits dans une usine désaffectée.

La musique

La bande originale d'Orange mécanique est très particulière, voire « expérimentale » pour l'époque. Stanley Kubrick préférait généralement utiliser de la musique classique existante plutôt que de faire appel à des compositeurs hollywoodiens, incapables selon lui de rivaliser avec les grands classiques. Il réfléchissait alors, le film étant en cours de montage, à un moyen d'accommoder Beethoven, nécessairement présent dans la bande originale en raison du culte que lui voue le jeune voyou protagoniste, lorsqu'il reçut une proposition d'un ingénieur du son et compositeur, alors auréolé du succès immense de l'une des productions classiques les plus hardies de l'époque : Walter Carlos et son Switched on Bach, l'album de musique baroque jouée avec un instrument alors révolutionnaire, le synthétiseur modulaire de Robert Moog. En effet, Carlos avait eu vent de ce que Kubrick travaillait sur une adaptation de Clockwork Orange. Il parut évident à Carlos que la musique de Beethoven ne pouvait, sur un tel projet, être adaptée que par lui. Il fit donc parvenir quelques maquettes à Kubrick, qui fut séduit. À la fin des années 1960, les synthétiseurs sont des instruments d'avant-garde, aux sons inédits, nouveaux, qui créent une atmosphère étrange. Wendy (Walter) Carlos adapte notamment la Symphonie n° 9 de Beethoven en utilisant les premiers « vocoders », l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini, le film s'ouvrant sur un morceau particulièrement sinistre, mettant immédiatement le spectateur dans l'ambiance d'un monde futur inquiétant : Musique pour les Funérailles de la Reine Mary (Music for the Funeral of Queen Mary) de Henry Purcell, transformée par le recours à des flangers et autres effets modernes.

Adaptation d’un roman

A Clockwork Orange a été écrit par Anthony Burgess en 1962 et adapté au cinéma par Stanley Kubrick neuf ans plus tard, en 1971. Kubrick s'est basé sur la version américaine du livre, censurée dans le dernier chapitre. Informé par l'auteur pendant le tournage, Kubrick n'a pas voulu prendre cela en compte, le jugeant trop différent de ce qu'il voulait montrer à travers le film. Dans ce chapitre, Alex reforme une bande avec trois droogs, puis revoit Pete un soir. Celui-ci, âgé de vingt ans, est désormais marié, ce qui sidère Alex. En y réfléchissant, il décide de se ranger complètement, sermonne ses droogs sur leurs actions (« Tout ce que vous faites, c'est vous en prendre à des gens sans défense... ») et finalement songe à fonder une famille. Hormis cette différence importante mais très localisée, le film est très proche du livre. Certaines répliques sont directement inspirées des dialogues du livre ; les différences qui subsistent sont surtout : l'âge des deux filles chez le disquaire, le lieu de l'agression de la devotchka au début. Certains détails sont entièrement apportés par Kubrick : la chanson I'm singin' in the rain, la sculpture de forme phallique qu'utilise Alex pour tuer la femme, la scène où Alex arrive en prison... Certains éléments du livre ont également été supprimés pour l'adaptation en film, tels l'assassinat commis par Alex en prison ou l'agression du vieux à la bibliothèque.

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Jean-Luc BOSSEE ([email protected])
Dimanche 15 janvier
Bonjour,
l'analyse du filme est très intéressante : il est seulement dommage que vous n'ayez pas l'honneteté de citer Michel Ciment dans son livre "Kubrick" édité par Calmann-Lévy en 1980.
Mixter & Pelik
Jeudi 31 janvier
Ah ben c'est bien !
Heureusement on avait du vin et du saucisson.
Merci Kubrique.
Lili
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