Mardi 22 septembre 2009Elephant

Gus Van Sant

Genre : Drame
Durée : 81 minutes
Sortie : 2003

Distribution

John Robinson , Alex Frost , Eric Deulen , Elias McConnell , Jordan Taylor, Carrie Finklea, Nicole George,... Tous les acteurs sont des non-professionnels, sauf Matt Malloy et Timothy Bottoms.

Résumé

Une journée dans un lycée américain typique. Les élèves vaquent à leurs occupations habituelles. Elias prend des photos dans le parc, près du lycée. John arrive une fois de plus en retard. Michelle finit son entraînement de sport et se rend à la bibliothèque. Alors que tous les élèves vivent un quotidien des plus banals se prépare un évènement qui va bouleverser leurs vies. Deux élèves, des souffre-douleurs, éternellement paumés, préparent une fusillade au lycée.

Un peu d’histoire

Le mardi 20 avril 1999, Eric Harris 18 ans et Dylan Klebold, 17 ans remplissent leurs sacs de sport d'explosifs et d'armes à feu. Puis, ils prennent leur voiture et vont jusqu'à Columbine High School. A 11h19, les étudiants qui sont nombreux à pique-niquer à l'extérieur de l'établissement entendent les premiers coups de feu. La fusillade ne durera en tout qu'une vingtaine de minutes et se terminera par la mort des deux adolescents ainsi que de 13 de leurs camarades, 23 autres seront blessés.

Analyse

Ce film, Palme d'or au Festival de Cannes 2003 et Prix de la mise en scène, est traité d'une façon toute personnelle, autant dans la narration et la présentation des personnages que dans le traitement de l'image et de la bande son. Il cherche à donner à ce drame une portée plus universelle, mettant le spectateur aux prises avec un point de vue subjectif et émotionnel plutôt que devant une narration structurée. Tout comme dans Bowling for Columbine, de Michael Moore, des explications du drame sont proposées. Les adultes sont formidablement absents (le père de John alcoolique, la mère d'Eric expéditive, le proviseur, M Luce pris pour tête de turc, la professeur d'éducation physique répressive, celui de physique laissant Eric se faire humilier par ses camarades qui lui lancent des boules de papier, celui de sociologie animant le débat sur l'homosexualité assez creux) et les armes sont faciles à commander par Internet. En sus de ces deux explications principales, van Sant laisse aussi entendre que les discours idéologiques moulinés au travers des médias modernes favorisent le passage à l'acte, soit par les jeux vidéo soit par la mise à disposition, via la télévision, du discours nazi. Le reportage sur les nazis est toutefois violemment critiqué par Alex qui trouverait crétin de se procurer un drapeau nazi et trouve effrayant l'embrigadement des enfants dans la propagande. Ces mises en suspension du discours et des moyens sans cadrage symbolique par les parents, laisse possible le plus grand crime par ceux qui sont le plus cultivés (Eric et Alex sont les deux seuls que l'on voit lire ou jouer de la musique) mais l'on connaît bien le haut niveau de culture de certains dirigeants nazis. La capacité d'absorption et de recyclage pour le meilleur (la photographie avec Elias) ou pour le pire serait ainsi la première caractéristique de l'adolescence. Les symboles ne renvoient d'ailleurs jamais à une réalité univoque. La croix "Lifegard" de Nathan est évidemment dérisoire, le taureau noir du tee-shirt de John ne traduit pas sa personnalité et la petite figurine du diable, accrochée à la voiture des deux meurtriers, n'en faisait pas l'incarnation du diable qu'ils finissent par évoquer.
Le déchaînement de violence qui clôt le film s'inscrit pour Gus van Sant dans une dimension cosmique comme en témoignent les génériques de début et de fin : un ciel qui s'obscurcit puis qui se dégage après l'orage. La sieste que font Eric et Alex avant de partir, armés, vers le lycée est précédée de plans de ciel d'orage et, lorsqu'ils arrivent au lycée, le sol est trempé de l'orage qui vient d'éclater. Seconde métaphore cosmique, celle proposée par Youri Deschamps pour qui le film s'organise comme un atome avec le lycée au centre, les étudiants, électrons proches du noyau solidaire et Eric et Alex, les deux électrons libres. A l'appui de cette thèse, Youri Deschamps remarque que le cours de physique que suit Alex porte sur ce thème. La métaphore atomique donne aussi une image de la structure du film faite de répétitions et croisements, d'accélérés et de ralentis multiples. Gus van Sant reprend en partie la structure du film d'Alan Clark faite systématiquement de plus ou moins longues errances de chacun des tueurs jusqu'à leur cible, de l'exécution de la victime, de la fuite du tueur, puis du retour sur le cadavre. Ici les errances sont de longs plans-séquences qui sont comme autant de grandes face d'un film-cristal qui porte en lui le gemme de la violence.
Un bonheur aussi, parfois, éphémère, sorte d'épiphanie du quotidien est évoqué par les trois légers ralentis du film. Ainsi lorsque Michelle levant la tête sur le terrain de sport voit l'orage approcher ; lorsque les trois filles regardent Nathan dans le couloir ; lorsque John joue avec le chien avant qu'il ne croise les tueurs.

Le titre

Un film en particulier a servi de base de réflexion à Gus Van Sant pour réaliser son long métrage. Il s'agit d'un film de la BBC, diffusé en 1989, qui avait remporté un franc succès. Egalement intitulé Elephant et réalisé par le défunt scénariste britannique Alan Clarke, le film montrait la violence sectaire en Irlande du Nord comme une marche acharnée et anonyme de meurtriers. Alan Clarke avait intitulé son film d'après l'image sarcastique du nez au milieu de la figure (que l'on ne voit pas). Gus Van Sant décide alors d'intituler son film d'après l'œuvre de Alan Clarke, en précisant que « Ce film a été conçu autour de la vie de jeunes qui vivent à une époque différente mais tout aussi violente. »

Au départ, Gus Van Sant pensait que le titre choisi par Alan Clarke faisait référence à la vieille parabole des aveugles et de l'éléphant. Dans cette histoire, dont une version apparaît dans des canons bouddhistes datant de l'an 2 avant Jésus Christ, plusieurs aveugles examinent différentes parties d'un éléphant - une oreille, une patte, la queue, le corps, une défense, etc. Chaque aveugle est convaincu qu'il comprend la vraie nature de l'animal grâce à la partie qu'il a touchée : l'éléphant représente pour l'un un éventail, pour l'autre un arbre, ou encore un corde, un serpent ou une lance. Mais aucun d'entre eux ne le voit dans sa globalité.
Le thème de cette parabole semblait pour, Gus Van Sant, correspondre au contexte des fusillades dans les écoles. « Je supposais qu'Alan Clarke avait appelé son film Éléphant parce qu'il s'agissait d'un problème difficile à identifier, en raison des différentes façons de l'appréhender, » explique-t-il

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fanny
Dimanche 1 novembre
dommage, loupé :(

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