Mercredi 31 mars 2010Je vais bien, ne t'en fais pas

Philippe Lioret

Genre : drame
Durée : 100 min
Sortie : 2006

Distribution

Mélanie Laurent, Kad Merad, Isabelle Renauld, Julien Boisselier, Aïssa Maïga, Simon Buret, Christophe Rossignon, Eric Herson-Macarel, Martine Chevallier, Jean-Yves Gautier, Thibault de Montalembert, Stéphanie Pasterkamp

Résumé

Comme elle rentre de vacances, Lili, 19 ans, apprend par ses parents que Loïc, son frère jumeau, suite à une violente dispute avec son père, a quitté la maison. Loïc ne lui donnant pas de nouvelle, Lili finit par se persuader qu’il lui est arrivé quelque chose. Rongée par l’inquiétude, elle cesse de s’alimenter et dépérit dangereusement. On l’hospitalise, mais rien n’y fait, elle se laisse glisser. Quand une lettre de Loïc arrive enfin. Il s’y excuse de l’avoir laissée sans nouvelle, y dit aller de ville en ville, vivre de petits boulots, et y fustige son père qu’il tient pour responsable de leur petite vie étriquée qu’il a décidé de fuir à jamais. Lili se rétablit, sort de l’hôpital et part à la recherche de son frère. Ce qu’elle va découvrir dépasse l’entendement.

Simplement humain

Le réalisateur Philippe Lioret explique ce qu'il a voulu transmettre avec Je vais bien, ne t'en fais pas : "Le livre d'Olivier Adam est beaucoup plus noir que le film, mais j'y ai trouvé matière à quelque chose d'humain, simplement, profondément, et aussi la possibilité de mettre en scène des personnages qui pourraient être nos parents, nos frères et nos soeurs. À travers l'histoire qu'il raconte, Je vais bien, ne t'en fais pas révèle les sentiments extraordinaires de gens simples. Il parle aussi de la difficulté qu'on a tous à se dire qu'on s'aime, par pudeur, timidité ou parfois manque de générosité. Je me rends compte aujourd'hui que tous mes films, chacun à leur façon, ne parlent que de ça. Par ailleurs, derrière le portrait de cette famille, l'histoire d'Olivier vous tient en haleine à la manière d'un thriller et vous révèle finalement une dimension inattendue."

Analyse

Evanescents. Incandescents. Deux catégories de films. Je vais bien, ne t’en fais pas fait partie de la seconde catégorie. De ceux qui vous laissent un souvenir brûlant, que le générique de fin ne parvient pas à effacer de votre mémoire et contre le souvenir duquel le temps qui passe ne peut rien. Au contraire. Il en sublime et renforce le souvenir. Un peu comme Lili avec le souvenir de son frère. Mais revenons au début.


Tout commence par un retour de vacances. C’est a priori joyeux un retour de vacances, nostalgique, à la limite, mais joyeux. Pour Lili, (Mélanie Laurent) qui rentre de vacances après un mois d’absence, il en va autrement. Elle apprend par ses parents que Loïc, son frère jumeau, après une violente dispute avec son père (Kad Merad), a quitté le domicile familial. Ce n’est pas la première fois. Sauf que là, cela s’éternise. Sauf que là, Loïc ne répond pas au téléphone et ne donne pas de nouvelles. Lili se révolte d’abord contre l’indolence de son père apparemment indifférent au sort de son frère et de surcroît responsable de la fugue, puis l’indignation laisse place à l’abattement, et elle se laisse mourir... Mais une carte postale de son frère la ramène à la vie. Tout pourrait être résolu, rien ne l’est... Il est toujours absent. Et, pour les autres, la vie semble étrangement continuer à s’écouler comme si rien ne s’était passé. Mais l’absence est pourtant toujours omniprésente pour Lili, qui laisse son existence perdre son sens. Pour elle, elle ne pourra en avoir à nouveau un que lorsqu’elle aura retrouvé son frère.

Dès les premières secondes, dans cette foule oppressante, le spectateur épouse le point de vue de la jeune Lili, ses atermoiements, ses angoisses, ses frayeurs jusqu’à l’étouffement. Avec elle, il s’étonne, s’égare, se révolte, souffre, compatit, reprend vie. Le rythme, insidieusement angoissant, ne retombe pas une seule seconde. Philippe Lioret pourrait avoir inventé un nouveau genre : le thriller familial. La réalisation s’efface pour laisser place au scénario : impeccable. Histoire d’amour filial absolu, d’amour naissant, d’amitié magnifique sur une musique mélancolique (Loïc compose des musiques), Je vais bien ne t’en fais pas exalte la beauté des sentiments sans être jamais mièvre, mais cruel même, parfois.

Mais c’est aussi et avant tout comme dans L’Equipier et dans le magnifique Mademoiselle, un film sur l’indicible, le non-dit qui rappelle les derniers films de Claude Sautet. Et Philippe Lioret n’a pas son pareil pour filmer le non-dit : le non-dit de familles qui ne se comprennent pas, ont oublié de se parler et de vivre, ne savent plus comment s’aimer, des familles qu’il met judicieusement en parallèle pour mieux les séparer ensuite et mettre en valeur le geste d’amour absolu de la fin.
Un film qui vous bouscule, bouscule les apparences, vous hante même. En adaptant ce roman d’Olivier Adam, Philippe Lioret a signé un film intense, poignant et sombre, qui s’achève par une lumière en demi-teinte, intelligemment elliptique, à la fois sublime et terrifiante, le non-dit porté à son paroxysme.

Philippe Lioret prouve par ailleurs une nouvelle fois qu’il est un excellent directeur d’acteurs (Mélanie Laurent, Julien Boisselier, Kad Merad excellents).

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