Mercredi 10 février 2010Annie Hall

Woody Allen

Genre : comédie
Durée : 93 min
Sortie : 1977

Distribution

Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts, Carol Kane, Paul Frederic Simon, Colleen Dewhurst, Janet Margolin, Shelley Duvall, Christopher Walken, Jeff Goldblum, Sigourney Weaver

Résumé

A l'aube de ses quarante ans, Alvy Singer, incurable névrosé, obsédé par la précarité de l'univers, Kafka, le sexe, la mort et Le Chagrin et la pitié, fait le bilan de la situation. Une introspection sur sa dernière rencontre, Annie Hall, qui vient de le quitter, et un hommage à la ville qu'il aime, New York.

Analyse

Alvy Singer se remémore son aventure avec Annie Hall. Les deux blagues qu'il raconte résument sa philosophie désabusée sur la vie (deux vieilles femmes dans un restaurant : "la nourriture est dégueulasse" "-oui, et en plus les portions sont petites") qui tient avant tout à son complexe sur ses capacités de séduction ("je ne serais jamais membre d'un club qui me prendrait pour étalon"). Parler, s'avère donc d'emblée être le seul moyen de faire advenir la jouissance et de supporter l'échec. Chacune des séquences mettra en oeuvre les réussites ou les échecs du langage pour séduire l'autre.
Tout a mal commencé. Obsédé sexuel dès son enfance, Alvy n'a jamais connu de période de latence, la petite fille de son école, écoeuré par son baiser le dénonce. Bouleversé par la nouvelle que l'univers est en expansion, il est censuré par sa mère (qui lui oppose que Brooklyn n'est pas en expansion) et par les médecins. Ses deux premiers mariages ont été des échecs.
Alvy rencontre Annie Hall, chanteuse débutante, au cours d'une partie de tennis. Un imbroglio verbal a décidé du coup de foudre. Cette méprise créatrice fonctionne et fait taire leurs différences de nombreuses fois soulignées ; des deux minutes de retard pour la séance du Chagrin et la pitié à la séduction passagère pour la Californie macrobiotique, pleines de belles pépés, de jumelles de 16 ans, de drogue, et de protection contre les UV pour rester jeune, autant de repoussoirs pour Alvy qui sait ne pouvoir y goûter vu sa santé chétive. Au début, au lit, Annie fume de l'herbe et se dédouble. Après elle renonce. En revanche, elle fait beaucoup d'efforts pour se cultiver. Avec succès : quand elle revoit Alvy après leur séparation, elle lui raconte "Mort à Venise", en oubliant que c'est lui qui lui avait offert le livre. En conclusion : « j'ai réalisé que c'était une fille sensationnelle et que c'était bon de l'avoir connue » ; le langage n'a pu que sauver les meubles, panser la plaie.
Le langage est surtout une source toujours efficace de jouissance. Le rythme même de la narration en profite : flash-back très libres, gens interpellés dans la rue, adresses directes au spectateur, MacLuhan intervenant en personne pour désavouer un professeur d'université...

Commentaire

Ce qui apparaît certain est l'hommage rendu par le cinéaste à celle qui est alors son ancienne compagne, son actrice fétiche (Annie Hall est leur cinquième film ensemble et elle en tournera encore quatre autres) et, sans aucun doute, sa meilleure amie. Lorsqu'Alvy nous confie à la fin du film, parlant d'Annie qu'il vient de revoir après leur séparation: « j'ai réalisé que c'était une fille sensationnelle et que c'était bon de l'avoir connue», qui n'entend pas alors la vraie voix de Woody parlant de Diane ?
Annie Hall synthétise à lui seul tous les films de Woody Allen. Son style, si personnel et si reconnaissable entre tous, éclate à chaque image, à chaque réplique. L'alternance de la pure comédie comme la scène du homard ou de la coke, par exemple, avec les scènes plus nostalgiques (scènes d'enfance), la manière de dynamiter de l'intérieur les moments de pathos (grâce, en général à une réplique à tomber par terre ou à un gag visuel) sont des « marques de fabriques » du cinéaste.
Tous les thèmes traditionnels de Woody Allen sont présents: son amour pour New York doublé de sa haine pour la Californie, Los Angeles et le soleil... Ses névroses obsessionnelles: la mort, les femmes, le sexe, l'antisémitisme, la psychanalyse, les drogues, la prétention intellectuelle. Ses influences telles Ingmar Bergman, Groucho Marx ou Freud... Ses souvenirs d'enfance récurrents... Sa paranoïa...
Woody Allen nous dit que la vie et le bonheur se heurtent inévitablement à la perte, à la mort. Et que, seul, l'art peut nous permettre d'exercer un contrôle (tout relatif bien sûr) sur eux. Pour parvenir à ses fins, il ne lésine pas sur les moyens cinématographiques: aparté de l'acteur vers le public, voyages des personnages dans le passé, écran divisé et montrant des scènes séparées, sous-titres contredisant le dialogue, séquences d'animation, etc.
Le résultat obtenu est l'universalité du propos. Nul besoin d'être New-Yorkais, juif, de porter des lunettes (lui), ou d'être attifée comme un as de pique (elle) pour se poser la question du film: « Pourquoi l'Amour meurt-il ? Et pourquoi ne peut-on simplement oublier ? ». Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et là réside la gravité et l'amertume du film. On rit tout du long du film, sans retenue. Et pourtant, à la fin, quelque chose nous saisit à la gorge, alors qu'Alvy et Annie se retrouvent, chacun accompagné, sous l'affiche symbolique du film Le Chagrin et la Pitié.
Il est difficile d'accepter que leur histoire puisse désormais appartenir au passé. Bien sûr, les raisons de l'échec du couple sont compréhensibles. Alvy transforme la jeune provinciale naïve, un peu bê-bête et peu sûre d'elle qu'est Annie lorsqu'il la rencontre, en une jeune femme cultivée. Et alors qu'elle prend son envol et la vie, sa vie, à pleines mains, lui reste désespérément figer dans son quotidien, incapable de changer quoi que ce soit à lui-même ou à son monde.

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